Elle me téléphone sur mon portable. Elle n'a pas l'air bien. Ça fait plus de trente ans qu'elle est assistante sociale. A.S. comme elle dit. Une de la vieille école, toujours prête à se couper en quatre pour aider les gens. Tellement même que, sans s'en rendre compte, elle ressemble plutôt à un tartare. Je lui ai déjà dit de prendre sa pré-retraite. Mais non, elle aime son métier, elle est bien payée. Patati. Patata. Inutile de dire que mon discours sur le néo-esclavagisme ne trouve pas d'écho dans ses oreilles. 

Elle me téléphone sur mon portable. Elle n'est pas bien. Elle pensait quand même prendre sa retraite à soixante ans. Même si ça lui faisait un peu mal. Elle commençait à compter les jours. Plus que cinq ans. Elle vient de recevoir son dossier à remplir pour la retraite. Elle vient d'apprendre que, selon les nouveaux règlements, elle devra obligatoirement prester jusqu'à soixante-cinq ans...

Tu sais ce que j'ai fait après avoir lu ça, Joseph ? Tu as ri. Non, j'ai ouvert une bouteille de vin. Eh bien, ouvre une deuxième...