09 novembre 2009
Murs
9 novembre 1989, chute du Mur de la honte.
Gaza, 2009... C'est pas grave... C'est pas pareil...
Alors, qu'est-ce que c'est ?
L'Evangile selon saint Argent
En Angleterre, depuis quelques mois, ce n'est plus dans d'austères universités que les spécialistes de l'Economie viennent exposer leurs théories. Ils préfèrent parler de cela dans les églises. Et pas n'importe lesquelles. Saint-Martin on the Fields et la cathédrale Saint-Paul, ce n'est pas rien quand même. C'est donc là qu'ils viennent propager leur bonne parole. C'est assez amusant.
"Les bénéfices ne sont pas diaboliques", "Nous devons tolérer les inégalités comme le moyen d'accroître la prospérité et les chances de chacun"... "L'injonction de Jésus d'aimer notre prochain comme soi-même est une approbation de la recherche de l'intérêt personnel"...
Certains lecteurs du Christ avaient déjà dévoyé ses propos pour créer le très criminel catholicisme. Mais, finalement, à y regarder de plus près, la multiplication des pains, n'était-ce pas déjà l'ébauche des stocks-options ? La guérison du paralytique, l'esquisse des assurances santé privées ? Et Madoff ? N'a-t-il pas appliqué à la lettre la bonne parole "Croissez et multipliez"?
Sans parler des pêches miraculeuses...
06 novembre 2009
Les prix littéraires
Cela n'étonnera personne de savoir que je n'ai jamais obtenu le moindre prix littéraire. Pourtant, si, j'en ai reçu un, au début des années 80 ! J'avais envoyé à Bordeaux un opusculet simplement parce que le prix consistait à recevoir mon poids en bouteilles de vin. J'avais trouvé cela drôle. Tout au plus deux douzaines de bouteilles, vu mon poids d'alors et celui d'aujourd'hui. Mais, à l'époque, les frontières existaient encore. De sorte que cela aurait coûté beaucoup aux organisateurs de payer les taxes. Ils donnèrent donc les bouteilles à un écrivain de la région...
Je viens d'apprendre que Jean-Philippe Toussaint avait raté le Goncourt mais reçu le Décembre. Je n'ai jamais lu une seule ligne de cet auteur. Mais, en même temps, j'apprends qu'au moment de la distribution des prix, il s'est retiré dans un coin perdu, inaccessible aux gsm, appareil qu'il déteste autant que moi, qu'il refuse les interviews à la télé, aux journaux, etc... Il faudra bien que je le lise un jour, il m'est trop sympathique.
J'apprends, en même temps, par les louanges d'un journaliste du Soir, que Jean-Philippe Toussaint est un grand écrivain parce qu'il est homme à rechercher le mot juste, la phrase bien pesée, structurée. Diable ! Un peu comme si l'on disait d'Untel qu'il est un grand peintre parce qu'il sait ce qu'est un pinceau ! Cela voudrait-il dire que, depuis au moins vingt ans, on n'a encensé que des auteurs de vent ? Cela me rend Jean-Philippe Toussaint encore plus sympathique. J'aimerais le rencontrer. On ne se dirait rien, sans doute, mais, au moins, on se comprendrait...
Le plaisir d'écrire, donc...
J'ignore pourquoi, beaucoup de gens (enfin, beaucoup... hahaha) pensent que j'écris avec autant de facilité que d'autres font une purée moussline. Je suis plutôt un écrivain besogneux, capable de rester une journée sur une virgule. Ne cauchemardons pas sur le point-virgule. Disons que ce point-de-vue arrange plutôt les pseudos-éditeurs (excusez le pléonasme) quand il s'agit de payer le cachet . Quand ils le paient... Et ce à un tarif encore moindre que celui d'une secrétaire débutante... Mais bon, je m'égare...
En fait, j'ai toujours eu honte de mon "métier". Les rares fois où j'ai participé à des soirées littéraires et que l'on me demandait ce que je faisais, je répondais volontiers "chômeur". Je ne mentais pas. Mais ça mettait mal à l'aise.
Quand il m'arrive d'écrire (eh, non, je ne le fais pas tous les jours, ni même tous les mois), je suis incapable de le faire plus de quatre heures d'affilée. Parce que, après, je suis épuisé. Et c'est de là que vient ma honte. L'image de mon père me revient de suite à l'esprit. Comment puis-je parler d'épuisement alors que je suis simplement en train de salir une feuille d'encre alors que lui, à douze ans, se creusait les mains dans les veines d'une mine ???
Je me le demande encore et toujours aujourd'hui.
Non, écrire n'est qu'un jeu, donc un plaisir... D'ailleurs, quand ma vieille soeur de 72 ans m'appelle au téléphone (car, à 72 ans, elle n'a plus rien d'autre à faire que de m'appeler au téléphone) et que je lui dis que je suis en train d'écrire, elle me répond "ah, bon, alors, je peux te parler". Si je lui réponds que je suis en train de faire la vaisselle, elle s'excuse "oh ! tu es occupé, je rappellerai plus tard"...
Je ne sais pas si je serai encore invité à l'une ou l'autre manifestation littéraire (j'avoue ne pas souvent ouvrir les enveloppes relatives à ces "festivités"). Enfin, si cela devait arriver après le 28 décembre de cette année, je ne pourrai plus répondre "chômeur" aux gens qui me demanderont ce que je fais. Je devrai dire "invalide".
Ce qui m'embête un peu parce que, avec ce nouveau statut, sauf dérogation du médecin-conseil, il me sera tout simplement interdit d'encore écrire...
Quel plaisir !
D'une dinde à l'oie
L'autre jour, je profitais des dernières tiédeurs de l'automne pour prendre un café avec une amie que je n'avais plus vue depuis quelques années. Diable sait pourquoi, elle me demanda si j'avais retrouvé une nouvelle compagne (comme si j'avais même cherché à le faire). Je lui répondis très posément que je préférais encore me branler dans un avaloir d'égoût plutôt que d'encore toucher le bout d'un doigt d'une femelle. Ce qui fit éclater de rire la dite amie.
Ce ne fut pas le cas de la dame assise à la table à côté. Une dinde trentenaire et déjà tellement bien farcie qu'on se serait cru la veille de Noël. "Monsieur, vous êtes grossier" m'interpella-t-elle comme si je lui avais demandé quelque chose de Tennessee ou d'ailleurs. Toujours très calme, je lui répondis que je n'étais pas grossier, mais poète. Avec celle-la, je savais que son foie gras allait lui sortir du croupion. De fait. Elle se leva brutalement en me toisant et en me disant espérer ne jamais lire un de mes livres, si toutefois j'en avais jamais écrit. Elle risquait pas grand chose... Encore une qui a l'image d'Epinal du poète et qui pense certainement que Rimbaud enculait Verlaine en alexandrins...
Rentré chez moi, je me passe avant tout les mains et le visage à l'Iso-Bétadyne car l'amie en question m'avait malgré tout embréssé pour me dire au revoir. Et je pense même bonjour, mais cela n'a pas d'importance...
Je passe ma soirée à feuilleter d'anciennes revues qu'un ami me refile de temps à autre. Je tombe sur l'interview d'une poétesse étalant ses sentiments sur le "plaisir d'écrire"... Y'a des jours comme ça où rien ne va. Je la connais, de fort loin, cette poétesse, qui prend sa plume d'oie comme d'autres font du macramé ou, plus in, du scrapbooking... Le plaisir d'écrire ! Tiens, je t'en donnerais, moi, du plaisir d'écrire...
http://www.youtube.com/watch?v=cJn413Vczf4
04 novembre 2009
Âges
On naît. On attend un siècle avant de fêter ses vingt ans. Et, une saison plus tard, on est déjà plongé dans la cinquantaine. Avec pour seul souhait celui de ne pas vivre aussi longtemps que Levi-Strauss...
J'ai cueilli ces brins de bruyère...
Depuis qu'elle est née, je n'avais jamais eu l'occasion d'aller à la Toussaint jusqu'au cimetière de Rhees avec ma fille. C'est là que sont enterrés mes parents. Un vieux cimetière sur les hauteurs de Herstal. Lorsque j'étais enfant, la Toussaint était un prétexte au rassemblement de famille. On allait nettoyer les tombes. On achetait un chrysanthème en espérant qu'il ne gèle pas. Mais il gelait toujours. Puis on se retrouvait dans une maison ou l'autre, à partager la "dorèye", la tarte au riz avec du café chaud. C'était l'occasion de faire un peu revivre les disparus. De raconter l'une ou l'autre anecdote...
Nous avons donc pris deux autobus, samedi, Elise et moi. Dans la grande allée qui conduit au cimetière, nous avons acheté une bruyère. Puis nous sommes allés vers la tombe vieille de déjà presque quarante ans. Regarde, papa, c'est là, m'a dit Elise, qui avait reconnu la photo mais qui voulait aussi me montrer qu'elle savait lire... Ici repose Joseph Orban, 1901 - 1971... Puis, j'ai vu qu'elle donnait un baiser à ses doigts avant d'aller les poser sur la photo... Enfin, j'ai vu, dans un peu de brume. Sur le chemin du retour, la gamine m'a dit " Tu sais, papa, je sais bien que grand-père était aveugle, mais je crois qu'il m'a vue... Et grand-mère aussi... Pourquoi tu ne dis rien ? Mais non, il ne fait pas froid, il fait délicieux "...
Elise est la seule petite-enfant de mon père. Du moins officiellement... Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais content de m'être retrouvé avec elle devant l'humble tombe. "On reviendra, l'an prochain, papa "? On reviendra...
Herstal, cimetière de Rhèes, 31 octobre 2009.
J'ai cueilli ces brins de bruyère... L'automne est morte souviens-t-en...
Ensuite, faute de dorèye, nous sommes allés manger des croustillons.
03 novembre 2009
Pollution
Un peu plus d'une semaine de pause. Non point par paresse ou mal-être, simplement, un ordinateur en panne. Un grand merci au docteur Kiri qui est parvenu à lui rendre un peu de vie.
Il y avait déjà eu les pets des ruminants. Voici à présent la pollution des chiens (et des chiennes) ! Selon une étude récente, il paraîtrait qu'un chien de bonne taille pollue plus qu'un 4 X 4 et un chihuahua plus qu'une 2 CV... Voilà enfin une bonne nouvelle ! Afin de nous permettre de poursuivre l'autoroute du progrès et de continuer à utiliser nos irremplaçables 4 X 4, il suffirait tout simplement d'euthanasier tous les inutiles représentants de la race canine qui ne font qu'aboyer devant le premier passant, mordre les facteurs (enfin, ce qu'il en reste), déféquer sur les trottoirs et autres joyeusetés. Un chien en moins, c'est un 4 X 4 en plus.
On ferait bien aussi de pratiquer de même pour les félins. Sans doute qu'un félin pollue plus qu'une 750 cc. Il ne reste plus qu'à attendre la prochaine étude nous "prouvant" qu'un éléphant pollue plus qu'un A 380 et la vie sera, enfin, belle.
Finalement, le même processus pourrait aussi s'étendre à l'Humanité. Ne vous inquiétez pas, certains y songent déjà...
24 octobre 2009
Bilinguisme de sourds
Liège, gare des Guillemins, vendredi 23 octobre 2009. Histoire authentique.
C'est une jeune étudiante flamande qui vient de débarquer de la nouvelle gare Calatrava. Elle demande aux gens "centrum" ? On lui répond "ligne 4". Elle se rend au guichet des TEC et rassemble son peu de français.
- Dage meneer, een tickert vers vier...
- 3,90 euros, répond l'employé.
Elle avait préparé 1,30, le prix du ticket. Elle montre du doigt le bus 4 qui arrive.
- Nee, nee, répond l'employé, pour Verviers, c'est la ligne 38 de l'autre côté...
Ça m'a fait rire.
22 octobre 2009
À la plonge !
En Belgique, les responsables du secteur Horeca commencent à en avoir marre de tous ces chômeurs. C'est vrai que ces derniers ne sont pas particulièrement des fidèles de leurs restaurants. Alors, ils viennent d'avoir une idée lumineuse : qu'on mette tous ces chômeurs à la plonge ! On les payerait sans doute avec des chèques-emploi (soit un peu plus de quatre euros de l'heure) et, éventuellement, en fin de soirée, ils pourraient bénéficier des restes trouvés au fond de l'eau de vaisselle.
J'exagère encore. Pas vraiment. On vient d'arrêter, dans la banlieue de Liège, une honnête marchande ambulante de frites qui, depuis quelques années, employait un sexagénaire déficient mental. Bon, on se doute que l'homme à tout faire n'était pas déclaré. Faut quand même pas exagérer ! Notre brave dame logeait l'individu gratuitement. Dans un abri de jardin sans eau, ni chauffage. Et puis quoi encore ? Ces salauds de pauvres, vous leur offrez un bout de doigt, ils vous dévorent le bras...


