Cela ne va pas vous étonner, mais j'ai horreur de lire mes textes en public. Je commence à avoir des nausées dès le matin, ça s'arrange pas vers midi et ça ne fait qu'augmenter avant de monter sur scène. Juste quand je me dis que mes textes sont de la merde et que je pourrais réciter pipicaca, ça ne changerait rien. Une fois la lecture finie, soit je me barre, soit je vais vomir dans les toilettes parce que, bon, sur scène, ce serait malpoli. 

Je fais juste une exception : les écoles. C'est toujours amusant de voir les ados étonnés d'être devant un écrivain vivant ! En général, ils croient qu'ils sont morts dans des anthologies qui, finalement, ne leur apprennent rien. Leur première question est toujours la même : vous gagnez beaucoup d'argent alors ? Je leur réponds souvent qu'un éboueur gagne plus que moi. Ça les fait rire. 

Un jour, j'étais invité dans une école de Verviers qui organisait un mois de la poésie. Une sorte de Woodstock verviétois. Mon billet de train aller-retour était remboursé, mais ça demandait une telle paperasserie que j'ai laissé tomber. À midi, j'ai quand même eu droit à un café. Un, hein, pas deux, avec l'honneur d'être accompagné par la prof qui avait organisé ma visite sans même faire lire le moindre texte à ses étudiant(e)s. Je devais donc répondre de 9 à midi aux questions. Ça avait bien commencé car la prof avait perdu la clé du local de chimie dans laquelle je devais prester. Vers dix heures, elle décida que la séance se passerait dans le gymnase. Sueurs et littérature. Peu avant midi, une jeune fille me demanda si elle pouvait poser une question ? Oui, bien sûr, mais elle fut coupée par la prof : "tes questions sont toujours trop longues et c'est l'heure de manger" ! Quelque peu interloqué par cette intervention fort peu professorale, je dis à la fille que c'était moi l'invité et donc que je dirigeais la séance, pas le prof. Et la fille de me répondre : "Oui, mais le prof, c'est ma mère" ! Il y eut comme un grand silence sur le banc des enseignants.

J'ai bu mon café, puis je me suis enfui de Verviers...