02 mars 2008
La Foire du livre donc
Je mentirais en disant que je n'y ai jamais mis les pieds. Je pense même y être allé quatre fois dans ma vie et, sauf la fois où nous nous y enivrâmes joyeusement avec Eugène Savitzkaya, j'y dégoulinais d'ennui au bout de vingt minutes. Je n'y étais même pas l'an dernier alors que j'étais invité à y signer le chef d'oeuvre dont le Cacophone fait une euphorique publicité dans ses commentaires, je ne vois donc pas pourquoi j'y serais cette année.
Cela fait même plusieurs années que, en hommage à la célèbre foire agricole qui fait la renommée européenne du Luxembourg belge, j'ai rebaptisé cette aimable manifestation qui devrait normalement m'intéresser : la Foire du Livramont.
De la musique avant toute chose
Du lundi au vendredi, de 14 à 16 heures, Notes en stock est le magazine radio quotidien de la CFB centré sur l'actualité musicale. Je ne sais pas si c'est une bonne émission ou non pour la bonne raison que je n'écoute que très rarement la radio.
Foire du Livre oblige, cette semaine, Notes en stock alliera notes et plumes car l'on peut être musicien et aussi écrivain si l'on est âme bien née et talentueuse. Autant donc saisir l'occasion et présenter, chaque jour, aux auditeurs le livre que tout poète et tout mélomane distingué attendait depuis longtemps : l'autobiographie dictée de... Plastic Bertrand.
De la musique avant toute chose, comme dirait l'autre.
20 février 2008
Sans famille
On a beau encenser l'archaïque nouveau roman, la poésie minimaliste des poètes du vide, y'a quand même rien de tel qu'une histoire bien malheureuse dans l'esprit de Dickens ou Malot pour faire revenir les gens vers le livre. Je me demande comment les éditeurs ne comprennent pas cette évidence.
Enfin, je pensais encore cela la semaine dernière et jusqu'à ce soir. Grâce à Allah, Yahweh, Belzébtuh et autres anges, un éditeur belge l'a enfin compris.
Le livre sortira début avril. On ne sait pas si c'est le premier, mais il sortira. L'histoire est somme toute assez simple.
Delphine B. n'a pas vu une bonne fée se pencher sur son berceau. Elle est née de père sinon inconnu, pour le moins absent. Ce n'est pas un baron qui a engrossé sa mère, puisque sa mère était baronne et que chez ces gens-là, on ne s'engrosse pas. Et on ne laisse surtout pas faire les laquais. Non, le père de Delphine est un sans-emploi. Il le restera même fort longtemps. Ce n'est qu'à l'âge où d'autres prennent leur retraite, que le père de Delphine deviendra roi des B.
Pendant tout ce temps, la petite Delphine qui a dû croiser par hasard l'une ou l'autre statue de Nikki de Saint-Phalle passe ses journées, telle une Cendrillon moderne, à abîmer ses belles mains dans du papier mâché. Par hasard aussi, les boulettes gluantes qu'elle entasse à langueur de journée (non, il n'y a pas de coquille) ressemblent à une statue. Bon, à l'école maternelle, on les aurait cachées discrètement derrière le tableau noir lors de la fête des parents, mais, justement, comme elle n'a qu'un seul parent, on finit par exposer ses mâchages dans les plus belles galeries du pays et comtesses, baronnes et princesses y vont de leur obole. Car, on le sait, dans les galeries, ce sont toujours les femmes qui choisissent.
On le voit, une vie qui, depuis la méiose jusqu'à l'âge adulte n'eut rien d'un ru paisible.
Ça s'appelle "Couper le cordon" et j'ai oublié le nom de l'éditeur, mais comme il n'y en a pas trente-six en Belgique francophone, ça ne doit pas être trop difficile de le savoir en gougueulant.
Ça a toutes les chances de faire pleurer dans les chaumières et d'humidifier les soies de chez Aubade.
On ne sait pas si le livre sort en rouleau.
18 février 2008
Chewing-gomme
17 février 2008
Arômes encore
Je reviens sur le même sujet avec deux anecdotes semblables, même si elles sont légions.
Voici une douzaine d'années, peut-être un peu plus, un poète flamand m'avait invité à participer à une semaine internationale à Barcelone. Trois jours avant mon départ pour la Catalogne, je n'avais toujours pas reçu le billet d'avion promis. Après avoir contacté les services adéquats, j'appris que c'était moi qui devais acheter le billet et que celui-ci me serait remboursé quelques mois plus tard. Averti de la chose, le poète flamand tomba à la renverse. Comment ? Mais, chez nous, monsieur, on envoie directement le billet à l'artiste.
Chez nous, entendez, en Flandres.
La même aventure survint au poète Izoard, invité d'une auguste fondation à Lisbonne. Connaissant alors quelques problèmes financiers, il n'avait pas non plus été dans la possibilité d'avancer l'argent du billet. À Lisbonne, on fut outré par cette attitude. Une heure plus tard, les hôtes portugais rappelèrent Izoard pour lui dire que son billet pouvait être retiré directement dans une agence. C'était la première fois qu'ils faisaient face à une telle attitude de la part d'un gouvernement étranger. Vous n'en pouvez certes rien, monsieur Izoard, mais dites-vous bien que c'est la dernière fois que nous invitons un artiste de la communauté française de Belgique.
Je ne sais pas Izoard, mais moi, ma grand-mère paternelle était flamande. Ecrivain flamand de langue française, ce serait amusant en ce siècle vingt-et-un...
Arômes
Le message sur les salauds d'écrivains m'a valu plusieurs réactions tant téléphoniques que courriéliques. Des amis ne comprennent pas ma réaction et certaines se proposent même de m'avancer l'argent de billet d'avion. C'est très gentils à eux. Ils ne comprennent pas que je refuse l'honneur qui m'est fait d'être invité à une manifestation internationale dans une université réputée. Ok. Ok...
Mais, enfin, monsieur le boulanger, monsieur le gérant de grande surface, madame la pharmacienne, docteur, vous devriez être honoré d'avoir un écrivain pour client, je ne vois pas pourquoi vous me demandez de payer vos marchandises ?
Tous les ouvriers et employés devraient aussi être honorés de travailler pour tel patron ou telle firme. Je ne vois pas pourquoi il est, dès lors, encore nécessaire de leur payer un salaire.
Ne pas rater l'occasion de découvrir une ville aussi merveilleuse que Rome, me dit une autre personne. En fait de découverte, à part l'aéroport de cette ville, je n'aurais pas eu l'occasion de voir grand chose d'autre. À quoi bon franchir les Alpes pour cela ? Je n'ai pas besoin d'éléphants pour me conduire jusqu'à Bierset, à dix kilomètres d'ici.
Lorsque vous invitez quelqu'un chez vous, est-ce que vous demandez à cet ami d'avancer la note de chauffage et d'électricité nécessaires à la cuisson des plats ? Est-ce que lui demandez d'apporter les ingrédients nécessaires à la confection des plats ? Seriez-vous étonné, après tant de prévenance, que votre ami vous envoie paître ? Non, n'est-ce pas...
Eh bien, c'est de cette façon que la communauté française de Belgique agit avec ses artistes. Il y a, chez les hauts fonctionnaires travaillant dans ces institutions culturelles, un esprit bien ancré façon bourgeoisie du dix-neuvième siècle, qui aime considérer les artistes comme d'aimables caniches de salon prêts à remuer de la queue dès qu'on leur flatte le col. D'amusants dilletantes prêts à tout du moment qu'on les exhibe à un public "cultivé" et ronronnant sous le plastron du smoking ou les dentelles des robes du soir. Une basse-cour alphabète dont la connaissance des lettres se limite, le plus souvent, aux initiales des grands couturiers.
On se dit que ces écrivains, pauvres pour la plupart, saliveront d'office à l'idée poudre aux yeux des miettes d'un festin bref qu'on leur accordera de temps à autre avec parcimonie.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ?
15 février 2008
Salauds d'écrivains
Je ne suis peut-être pas un artiste comme un autre : je déteste la flatterie. Au mieux, je tourne les talons. Au pire, je passe pour un malpoli. L'important est que je continue ma route. Je ne sais pas comment cela se passe dans d'autres pays, mais la Belgique et, plus particulièrement sa partie sudiste, a toujours eu la manière de considérer ses artistes comme un fond de cloaque. À leur abandonner les restes comme l'on donne aux oiseaux qui vont crever un fond de pain moisi que refuseraient les poubelles. Je le sais : ça fait plus de trente ans que cela dure.
Ce matin, je reçois un message d'une dame au demeurant plus courtoise que moi quand je ne veux pas l'être et qui m'invite à venir faire je ne sais quoi dans une université de Rome le 14 mars prochain. L'embêtant, c'est que je dois donner ma réponse avant midi. Il me reste donc cinq minutes. Je ne sais pas ce que je devrais faire : lire un texte ? faire une allocution sur dante sait quoi ? Ou, plus prosaïquement, me masturber devant une assistance heureuse de découvrir un singe belge sur scène. C'est fou, dans ces soirées-là, le nombre de dames cultivées qui se pâment d'émotion devant un écrivain. C'est fou, dans ces soirées-là, le nombre de dames cultivées qui ne m'intéressent aucunement. (Et pas que dans ces soirées d'ailleurs).
Donc voilà. Je suis invité à Rome. Il y aura même, paraît-il, un repas nocturne en l'ambassade ! Pensez si cela me fait frétiller d'aise et de bonheur et gonfler ma poitrine comme grenouille au printemps. Bien entendu, à condition que j'avance le prix du billet d'avion, celui-ci me sera remboursé dans les trois ou six mois. En attendant, je mange quoi ? La semelle de mes souliers qui aura foulé le sol romain ? Bien entendu, il n'y a pas le moindre cachet pour la prestation. Je devrais être flatté d'une telle invitation.
Je n'aime pas être flatté.
Il y a, non loin d'ici, en province de Namur, un petit village qui s'appelle aussi Rome. Peut-être y passerai-je une heure le 14 mars prochain ? En tout cas, ce jour-là, les berges du Tibre ne risquent guère de voir mon ombre...
Nell mezzo dell cammin di nostra vita, comme dirait l'autre.
14 janvier 2008
Disent les imbéciles
J'apprends que Nicole Malinconi va sortir un livre le mois prochain. C'est toujours une bonne nouvelle d'apprendre que l'on va pouvoir un peu respirer une plume lucide et intelligente. C'est tellement rare par ces temps qui s'enlisent.
Nicole est allée rendre visite à la sinistrement célèbre Michelle Martin dans sa prison. Nul voyeurisme, nulle obscénité dans cette démarche. Simplement une tentative de comprendre l'incompréhensible. On reste glacé d'effroi lorsque MM avoue à l'écrivain qu'elle a toujours été très sensible, qu'elle a pleuré lorsque son chien est mort tout en sachant qu'elle avait laissé mourir deux fillettes de faim. C'est dans cette infernale horreur que Nicole tremble sa plume.
Il y a quelques années, j'avais eu presque la même idée : celle d'un livre sur Dutroux. Ecrit à la première personne et qui aurait commencé par cette phrase : Pourquoi suis-je enfermé puisque je n'ai rien fait.
J'apprends que des gens demandent, sinon d'interdire, du moins de boycotter le livre de Nicole. Sous prétexte qu'elle va se faire du fric sur un drame.... S'il fallait censurer tous les livres ayant un drame pour sujet, il ne resterait pas grand feuille dans les bibliothèques.
Voilà ce qu'ils disent, comme dirait Sarraute.
Je me contenterai de vous dire de ne surtout pas boycotter ce livre...
06 décembre 2007
Crève ou crève
Que pouvait-on faire, en 1961, avec 100.000 francs belges ? On pouvait s'acheter une maison modeste, la déesse des voitures et cela représentait, plus ou moins, une année d'un salaire d'employé.
Les spécialistes financiers considèrent que cette somme représente, plutôt plus que moins, un million des mêmes francs actuels, soit 25.000 euros.
En 1961, l'écrivain belge lauréat du prix Rossel se voyait octroyer la somme de 100.000 francs. Les mécènes étant, par douteux pléonasme, généreux ont, depuis lors, doublé le montant de ce prix. C'est ainsi que, hier, la malheureuse lauréate a appris avec une joie édénique qu'elle allait recevoir 5.000 euros.
Soit l'équivalent de six mois de chômage, de quoi s'acheter une épave de voiture qui passera le contrôle technique moyennant dessous de table ou de quoi se faire construire une salle de bains en se contentant d'un bidet pour baignoire. De quoi donner aux auteurs l'envie de se remettre à l'ouvrage...

Joseph Orban (et Gustave Courbet),
Baudelaire au bidet,
Photomontage, décembre 2007
30 octobre 2007
Suzanne
Suzanne Bernard est écrivain. Pardon, était. Suzanne Bernard est morte l'an dernier. Elle "vivait" avec six euros par jours. Dommage que je ne l'ai pas connue, avec mes huit euros quotidens, ça aurait fait sept pour nous deux.
Il paraît qu'il y a deux millions de poreurs de plumes en France. Dont trois mille gagnent plus de 7400 euros par an et deux centaines de crésus qui arrivent au smic.
Les exemples de misère profonde rempliraient plusieurs volumes.
Mais, que font les éditeurs ? Les éditeurs doivent payer le papier, l'imprimeur, le distributeur, les libraires. Après ça, il ne reste plus rien pour l'auteur. Ou, au mieux, par un extraordianaire miracle sans cesse recommencé, le nombre d'exemplaires vendus est, pile-poil le même que celui correspondant à l'aumone de l'avance.
Il est une vérité bien ancrée dans le milieu de l'édition : si l'éditeur X publie un vague écrivain à succès, c'est, diront les éditeurs, pour pouvoir se permettre de publier de temps à autre (de moins en moins souvent) un auteur inconnu. Et voil l'éditeur se drapant sous la cape du mécène découvreur.
Et si, plus exactement, cet éditeur parvient à payer le contrat plantureux d'un best-selleureur, ne serait-ce pas plutôt grâce à l'argent économisé sur le dos décharné des auteurs inconnus ?

