Liège, hélas

Bric-à-brac du quotidien dans la plus laide ville du monde et de sa banlieue s'étendant jusqu'aux pôles: Liège, hélas.

04 novembre 2009

Âges

On naît. On attend un siècle avant de fêter ses vingt ans. Et, une saison plus tard, on est déjà plongé dans la cinquantaine. Avec pour seul souhait celui de ne pas vivre aussi longtemps que Levi-Strauss...

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J'ai cueilli ces brins de bruyère...

Depuis qu'elle est née, je n'avais jamais eu l'occasion d'aller à la Toussaint jusqu'au cimetière de Rhees avec ma fille. C'est là que sont enterrés mes parents. Un vieux cimetière sur les hauteurs de Herstal. Lorsque j'étais enfant, la Toussaint était un prétexte au rassemblement de famille. On allait nettoyer les tombes. On achetait un chrysanthème en espérant qu'il ne gèle pas. Mais il gelait toujours. Puis on se retrouvait dans une maison ou l'autre, à partager la "dorèye", la tarte au riz avec du café chaud. C'était l'occasion de faire un peu revivre les disparus. De raconter l'une ou l'autre anecdote...

Nous avons donc pris deux autobus, samedi, Elise et moi. Dans la grande allée qui conduit au cimetière, nous avons acheté une bruyère. Puis nous sommes allés vers la tombe vieille de déjà presque quarante ans. Regarde, papa, c'est là, m'a dit Elise, qui avait reconnu la photo mais qui voulait aussi me montrer qu'elle savait lire... Ici repose Joseph Orban, 1901 - 1971... Puis, j'ai vu qu'elle donnait un baiser à ses doigts avant d'aller les poser sur la photo... Enfin, j'ai vu, dans un peu de brume. Sur le chemin du retour, la gamine m'a dit " Tu sais, papa, je sais bien que grand-père était aveugle, mais je crois qu'il m'a vue... Et grand-mère aussi... Pourquoi tu ne dis rien ? Mais non, il ne fait pas froid, il fait délicieux "...

Elise est la seule petite-enfant de mon père. Du moins officiellement... Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais content de m'être retrouvé avec elle devant l'humble tombe. "On reviendra, l'an prochain, papa "? On reviendra...

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Herstal, cimetière de Rhèes, 31 octobre 2009.

J'ai cueilli ces brins de bruyère... L'automne est morte souviens-t-en...

Ensuite, faute de dorèye, nous sommes allés manger des croustillons.

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24 octobre 2009

Bilinguisme de sourds

Liège, gare des Guillemins, vendredi 23 octobre 2009. Histoire authentique.

C'est une jeune étudiante flamande qui vient de débarquer de la nouvelle gare Calatrava. Elle demande aux gens "centrum" ? On lui répond "ligne 4". Elle se rend au guichet des TEC et rassemble son peu de français.

- Dage meneer, een tickert vers vier...
- 3,90 euros, répond l'employé.
Elle avait préparé 1,30, le prix du ticket. Elle montre du doigt le bus 4 qui arrive.
- Nee, nee, répond l'employé, pour Verviers, c'est la ligne 38 de l'autre côté...

Ça m'a fait rire.

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05 octobre 2009

Adieu, monsieur le professeur

Un de mes amis, peintre, est professeur de "couleurs" à la cacadémie des Beaux-Arts de Liège. Ce qui est assez paradoxal quand on sait que cet ami est daltonien, mais bon, passons. Il me racontait qu'en juin dernier, alors qu'il avait une heure de pause, il s'était assis sur une marche du grand escalier de la dite académie pour faire quelques croquis... Survient alors une de ses élèves (qui n'avait strictement rien à faire là à ce moment) qui lui dit :

- Dégage connard, tu m'empêches de passer...

Je ne sais pas pourquoi mon ami a téléphoné au père de la gente demoiselle le soir. Ah si, pour lui exposer les faits. Après quoi, le père lui a répondu :

- Et vous vous plaignez parce qu'elle vous a traité une fois de connard, monsieur ? Moi, ça fait quinze ans qu'elle m'appelle ainsi...

Dont acte.

Un autre de mes amis est, depuix dix-huit ans, professeur de français (entre autres) dans une école technique de la banlieue liégeoise. S'il n'y avait son amour du métier, je me demande depuis de longues années comment il tient le coup. Ses élèves ont 18 ans, la plupart ne savent ni lire, ni écrire, ni compter. Malgré tout, il arrive à de bons résultats. La semaine dernière, une de ses élèves, d'habitude joyeuse et ouverte, se retrouve en pleine crise de larmes au milieu du cours. Il tente en vain de savoir ce qui se passe et lui conseille d'aller faire un tour dehors pour se calmer. Aussitôt la fille sortie, voilà qu'une autre élève, qu'il connaît à peine vu ses nombreuses absences, l'interpelle en le traitant de prof de merde, d'enculé qui se mêle de ce qui lui regarde pas et autres joyeusetés du style. Convoquée chez le directeur, la gente demoiselle est exclue pour trois jours avec l'interdiction de fréquenter les cours de mon ami pendant deux semaines.

Furieuse, elle rentre rechercher ses affaires en classe qu'elle quitte en prévenant mon ami :

- Et toi, dis-toi bien que mes frères vont venir te casser la gueule !

Charmant métier...

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Repères (et fils)

Dimanche. Très sérieuse, Elise me dit :

- Tu sais, papa, tu m'avais dit qu'il fallait toujours un papa pour faire un enfant, eh bien, ce n'est pas vrai !
- ???
- Non, il n'en faut pas. Tu vois la petite Unetelle dans mon école ? Eh bien sa marraine a épousé une femme et elle a eu un enfant.
- Oui, ben, ça n'empêche pas qu'il faut quand même, de près ou de loin, un papa...
- Ça m'inquiète, dit-elle, mais j'ai bien réfléchi à la question, à mon avis, elle a dû épouser une femme avec un zizi...

Heureusement, la vie ne me laissera certainement pas le temps d'être grand-père car là, je me vois mal aborder le sujet des vaches ou des truies porteuses...

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24 septembre 2009

L'intelligence de l'araignée 2

Lorsque je vivais au Mexique, j'eus un jour l'attention attirée par une minuscule araignée semblable à un de ces bijoux très fin que portaient nos aïeules sur leur opulente poitrine. Elle se promenait calmement sur la table de la salle à manger.  Mais elle n'était pas seule. Je fouillai dans la maison. Elles étaient dix, vingt, et plus encore. Partout. Dans la cuisine. Dans le salon. Dans la chambre à coucher...

Un peu inquiet quand même, je suis allé chercher un jeune vétérinaire qui habitait à deux ou trois cents mètres de la maison et lui ai demandé de venir.

C'est quoi, cette araignée ?

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La "viuda negra" me dit-il en éclatant de rire... Il m'expliqua alors très calmement qu'il n'était pas nécessaire de les détruire. La veuve noire n'attaque pas directement. Quand elle a envie de piquer mortellement sa proie, elle nettoie l'endroit à l'aide de ses pattes. Un peu, me dit-il, comme un chirurgien fait un champ stérile avant d'ouvrir le corps. Mais ses pattes sont si dures que, même si tu dormais, tu serais vite éveillé par le grattement... Ici, à Guadalajara, tout le monde ou presque a des veuves noires chez soi. C'est la ville où il y en a le plus au monde...

C'était toujours bon à savoir...

Et c'est comme ça qu'au lieu de les exterminer, je les ai laissé vivre sereinement auprès de moi...

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L'intelligence de l'araignée

Lorsque j'étais enfant, dans le village du Condroz où j'ai grandi, l'arrivée de l'automne était pour moi un grand chagrin. Par centaines, je voyais se rassembler mes amies hirondelles sur les fils électriques. J'écoutais leurs derniers chants. Mes parents avaient beau me dire qu'elles reviendraient au printemps, j'étais toujours persuadé qu'il n'y aurait plus jamais de printemps, qu'il était bien trop loin et que je serais mort avant.

Cela fait des lustres qu'à Liège on ne voit plus d'hirondelles. Quelques martinets criards parfois en plein été. Mais leur grâce n'a rien de comparable à celle des arondes. Pour pressentir l'automne, il ne sert plus à rien de lever les yeux vers le ciel. Il faut plutôt les coucher vers le sol. Ce week-end, comme je le fais bien souvent, je regardais les épeires avec ma fille. Infatigables araignées qui se fichent bien de toujours recommencer leurs  toiles calatravesques. J'ai demandé à Elise si elle ne remarquait rien. Si. Tu as vu comme les toiles sont grandes ?

Ce matin, j'en ai vu une qui mesurait plus de cinquante centimètres. C'est à la grandeur des toiles que l'on sait que l'automne arrive. Les épeires savent qu'avec le froid les insectes se font plus rares. Alors, elle augmentent la surface de leur piège. Jusqu'à attraper le moindre moucheron. Elles se gavent. Elles deviennent dodues. Elles vont bientôt se retirer pour dormir longuement on ne sait où. Je n'ai encore jamais vérifié, mais peut-être que la surface de leur oeuvre est proportionnelle à la dureté de l'automne et à celle de l'hiver... Je ne sais pas...

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21 septembre 2009

À part ça, l'automne...

Il y a six mois, j'écrivais qu'en regardant les premiers bourgeons, j'y voyais déjà les rousseurs des feuilles... Certains m'avaient encore reproché mon pessimisme jaloux...

Et, pourtant ! Qui c'est qui avait raison ? Qui ?

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13 septembre 2009

Allô la mort...

La France fait semblant d'être sous les choc, en quelques mois, une vingtaine d'employés de France Telecom se sont donné la mort ! C'est quand même curieux car, voici quelques années l'opérateur escroc historique Belgacom avait connu la même épidémie en ses locaux. La presse en avait fort peu parlé. J'étais au courant parce que j'avais quelques connaissances travaillant dans cette cynique société. Epuisées et épuisés ils ont depuis lors pris leur pré-retraite. Les anecdotes étaient nombreuses et croustillantes. Changement de peintures des locaux tous les mois pour permettre de savoir dans quelle couleur les employé(e)s étaient les plus productifs. Paiement de primes à l'aide de billets à gratter. Obligation de faire du chiffre sous peine de licenciement (avec des chiffres totalement impossibles à réaliser). Combien d'abonnés de l'escroc historique n'ont-ils pas vu ainsi leur facture alourdie d'un service qu'ils n'avaient pas demandé ? Déplacements de service, délocalisations, humiliations diverses. Tout l'arsenal du "bon" patron y passait. Et y passe sans doute encore, mais je n'ai plus de témoins pour me l'affirmer.

Le point culminant fut atteint, voici quelques années, dans un petit village du plateau de Herve. Un homme y a abattu plusieurs personnes, sans rime, ni raison. Parmi ces personnes, un voisin que j'avais connu dans mon enfance.

Aucun journal de l'époque n'avait mentionné que le tueur appartenait à la société escroc historique. Le tueur s'est suicidé quelques temps plus tard en prison.

Allô la mort ? Est-ce que tout va bien ?

En bonus, un dessin de Martin Vidberg paru hier sur le même sujet.

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07 septembre 2009

dieu

Ce dimanche, tandis qu'Elise m'aide à préparer une vinaigrette, je la taquine un peu.

" Tu te rends compte ? Ton papa est le plus beau et le plus gentil des papas du numéro untel de la rue Unetelle... C'est aussi le meilleur cuisinier et le plus grand écrivain du la rue Unetelle au numéro untel... Celui qui raconte les plus belles histoires avant d'aller dormir... En somme, c'est comme si t'étais la fille d'un dieu"...

Et elle, continuant de touiller dans la vinaigrette, me regard d'un regard très bleu et très en coin :

- " Tu sais, papa, de toute manière, je ne crois pas en dieu"...

Encore manqué une occasion de me taire :-)

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