Liège, hélas

Bric-à-brac du quotidien dans la plus laide ville du monde et de sa banlieue s'étendant jusqu'aux pôles: Liège, hélas.

18 octobre 2009

Quid ???

Vendredi soir, je suis allé attendre ma fille de retour de "classes vertes" à la mer du Nord. J'y retrouve un ami peintre, papa de trois rwandaises adoptées. L'aînée est dans une des meilleures écoles de Liège. Il me raconte que, voici dix jours, la petite revient avec un travail de français. Le prof avait rédigé les questions et les avait imprimées depuis son ordi. C'est déjà plus clair que les feuilles stencilées de "notre temps".

Première question :

Quand n'est-il de la situation....

Le père dit à sa fille : qu'est-ce que c'est que ça pour du français ? c'est pas correct !

La petite : "Ben si, le prof l'a écrit comme ça, t'es prof de français, toi, peut-être" ???

Gageons que ce prof de français (dans une des meilleures écoles de Liège) doit être un des premiers à se plaindre de la dégradation du niveau des élèves.

Peu de temps après, ma fille est arrivée... Les yeux cernés et le front fièvreux comme les trois-quarts des autres élèves...

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01 octobre 2009

Apocope

Chacun sait qu'il y a longtemps que plus personne ne va au cinématographe. On a longtemps fréquenté le cinéma avant de se rendre au ciné. L'usage (associé à la paresse naturelle de l'humain) a une forte tendance à abréger les mots de plusieurs syllabes. C'est presque une règle. Pour autant, on ne va pas encore au ci, on ne roule toujours pas en aut. 

Dans les cours de récré, c'est presque une mode et on mélange volontiers apocope et aphérèse : "Hé Mo blie pas ton cart !" ai-je entendu l'autre jour. Elise n'est pas en reste qui prend d'ailleurs un malin plaisir à user du monosyllabe pour voir si je vais comprendre. 

 

Pourtant, il y a un "mot" qui pose problème : "O.K" Difficile de faire plus bref à moins de prononcer "ok". Eh bien, chose curieuse, dans le langage des "chats" et même sms, OK a de plus en plus tendance à s'écrire "oki". Curiosité de la langue, c'est bien la première fois que l'on rallonge un mot.

 

Néanmoins, ce n'est pas pour cela que nous retournerons au cinématoraphesurtoile de sitôt.

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24 septembre 2009

Tchatte

Il m'arrive parfois de lire, sur le site du journal Le Soir, le tchatte consacré aux retransmissions de matchs de foot. C'est assez amusant. Je ne parlerai pas ici des insultes qui y sont proférées entre "supporters" de club. Ni de l'orthographe avant-gardiste qui semble y être la norme. Après tout, lorsque l'on intervient, l'on est obligé de taper vite, il y a des inversions de lettres et je connais personnellement une personne qui écrira toujours "j'ai manger" et "le mangé était bon". S'il fallait le lui faire remarque à chaque fois, ce serait épuisant.

Mais, hier, j'ai été témoin de deux trouvailles.

La première, d'une personne qui demande au journaliste si "il y avait bien "ens" sur le penalty" ? Puis, dans la foulée, comme le journaliste ne lui répondait pas, insiste: le "ens" était-il justifié...

Le journaliste a fini par répondre que oui. Il me semble qu'il lui a fallu autant de temps que moi pour comprendre que la personne parlait d'un "hands".

Quelques minutes plus tard, arrive un nouveau participant. Il venait d'apprendre le score.

"Bonsoir Gil, pouvez-vous me dire "à la quellième minute le but a été inscrit" ?

Ça, "la quellième minute", j'avoue, j'avais jamais entendu... J'avais déjà entendu "la quelle quantième"... Mais ça...

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19 juin 2009

Lire / écrire

Bien sûr, vous me direz que c'est un truisme lorsque, comme je le prétends depuis longtemps qu'il est impossible d'être un écrivain si l'on ne sait pas lire, si l'on n'est pas d'abord un immense lecteur.

Pourtant, il y a de plus en plus de personnes qui se proclament écrivains simplement parce qu'ils ont mis quelques mots l'un derrière l'autre.

Hier, je suis retombé sur un ouvrage "à deux voix", paru en 2003 aux éditions de la Différence et écrit par feu mon ami Izoard et le polyartiste Selçuk Mutlu.

Je me souviens qu'après l'avoir reçu, j'eus la paresse d'en abandonner la lecture après quatre pages, me querellant un peu avec Jacques quelques semaines plus tard en lui demandant "c'est quoi, ça"? Des ensablements, comme Jacques écrivait entre guillemets dans sa dédicace ? Comme pour s'excuser d'avance ?

Hier donc, à l'occasion de la visite d'un ami qui n'a strictement rien à voir avec peu sphérique sphère littéraire, je suis allé un peu plus loin que la page quatre. Nous allâmes même jusqu'à la 41, c'est dire presqu'à la fin. Là où Izoard répond à cinq courtes lignes par ceci :

Il est temps d'ourdir le complot final ! Violence te perdra, paltoquet prétentieux ! Le voleur de poèmes a bien mené sa barque ; il est temps qu'on lui coupe les vivres ! Mais il va se débattre et user de toutes les ruses possibles et se parer de plumes de paon ! Son vrai visage apparaît.

Et toc, dans les gencives, comme on dit. Et même plus loin encore. Face à une telle réponse, n'importe qui aurait tourné le dos. Mais le polyartiste poursuivit l'ouvrage. Preuve qu'il ne sait pas lire. Et donc, retour au truisme...


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26 mai 2009

Grenelle

En 1968, les accords de Grenelle ont étés un moment de l'Histoire de France.

Aujourd'hui, sous le tsaron, il y a des Grenelles pour tout. J'ai appris qu'il y en avait même eu un sur les téléphones portables !

À quand un Grenelle des préservatifs et un autres des tampons hygiéniques ?

Si ça continue, Grenelle va perdre tout sens et devenir un nom commun.

Ce sera le grenelle qui veut se faire aussi gros que le bluff.

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09 mai 2009

La friture, suite

Ce n'est pas un tsunami, mais les réactions concernant la demande de restauration du mot "friture" commencent à arriver.

C'est bien.

Il faudrait tout d'abord demander à Jean-Marie Klinkenberg d'exiger une entrée particulière pour ce mot dans le Larousse et non pas une entrée tertio comme c'est le cas actuellement.

Il faudrait aussi se mettre d'accord sur ce qu'est une vraie friture.

Là, sans creuser trop loin, certaines évidences me sautent à l'esprit.

Restaurant (mobile ou non) la friture se doit de ne proposer que des frites "faites main" (interdiction totale d'employer des frites surgelées). Les frites seraient servies dans des cornets en papier. Le choix des sauces d'accompagnement se limiterait à :

moutarde
mayonnaise (ou tartare) maison (éventuellement pickles, dits picalili)
sauce "lapin"

Au cervelas cher à JPL Collignon, les fritures immobiles ne devraient proposer comme accompagnement que les boulets sauce lapin (halte à l'hérésie du boulet sauce tomate), les moules marinières ou le rollmops. Histoire d'alléger la carte et de rendre les files d'attente moins longues que celles du cpas ou du forem.

Si vous avez d'autres idées...

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07 mai 2009

Friture

Par courriel, Jean-Marie Klinkenberg m'annonce la réédition (revue et considérablement augmentée) de ses Petites mythologies belges aux éditions "Les impressions nouvelles".

Fort bien.

Mais, en lisant le quatrième de couverture, ma graisse de boeuf ne fait qu'un dangereux bouillon ! Ne vois-je pas que ce distingué professeur d'université à la sémiologie profonde (mais à l'orthographe défaillante) ose, en parlant des frites, utiliser le mot "friterie" !!!

Je lui en ai fait directement le reproche, il m'a aussitôt répondu ceci :

Tu as mis le doigt sur une plaie, là : le texte dit bien "friture", et j'y ajoute même une note que voici : " Jusqu’à ma mort, je me refuserai à dire friterie. Seules les fritures me garantissent la frite coupée main et déjà lourde de moutarde à venir. "

Cette traitrise de la page 4 est due à l'éditeur, sans doute pressé d'adhérer au gastronomiquement correct, ou désireux de vendre en France.

Donc voilà la traîtrise pardonnée. Car il n'est de bonne frites que celles achetées dans une friture, déposées dans un plat de faïence Bloch recouvert d'un drap de vaisselle (pour les repas en famille) ou dans un cornet de papier dans lequel se fondaient sauce lapin et mayonnaise et où nos doigts langoureux d'enfant plongeaient avec amours, délices et orgues.

La moutarde était alors gratuite. La mayonnaise, faite maison, coûtait à peine un sou et l'on ne lésinait pas sur le sel.

C'est vers le milieu des années septante que je ne sais pas quel idiot décréta qu'il fallait désormais utiliser le mot "friterie", comme en France. Je vois encore le préfet de mon athénée, le très honorable Monsieur Gilbert Etienne, traverser la rue pour signaler la chose à la friture d'en face. Je vois encore, comme un immense chagrin d'adolescence, le proprio d'alors faire dépendre l'enseigne pour la remplacer dès la semaine suivante par une flambant neuve sur laquelle dégoulinait le mot friterie.

Ce n'est peut-être qu'un détail, comme dirait Jean-Marie (l'autre, pas Klinkenberg), mais s'il est vrai que l'on mange parfois avec les yeux, on mange souvent avec les mots.

Comme me disait ma fille, voici deux ans : "hein oui, papa, une chique, c'est plus bon qu'un bonbon ?".

Eh oui. C'est même plus meilleur encore...

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Si, vous aussi, vous êtes pour la restauration de l'enseigne "friture", laissez un commentaire.

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06 mai 2009

Le salire du labeur

S'il y a un endroit où la nouvelle orthographe ne pose aucun problème, c'est bien la toile.

Loin de moi l'idée de me moquer des erreurs de certains, mais je dois bien reconnaître que l'on y fait des trouvailles. Ainsi, dans un forum :

"ils vont dire que je suis pas écolo pour un bal". On ne dira rien, surtout si c'est le bal du bourgmestre.

Une autre coquille, plus profonde, l'air de rien :

"je dois encore toucher mon salire en fin de mois".

C'est vrai qu'aujourd'hui, tout labeur est de plus en plus salissant moralement.

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Polonie

En Afrique du Sud, il est une charcuterie appelée "polonie" que l'on peut déguster si le coeur vous en dit vraiment, vraiment ou si vous n'avez plus rien mangé depuis quelques jours. Et encore.

On pourrait croire que le nom de cette choses aux vagues allures de comestible fait référence à la Pologne et à ses saucissons. Eh bien, non, on se met la saucisse de Francfort dans le globe oculaire en se laissant aller à cette étymologie familière. La chose en question est un "hommage" rendu à la mortadelle et à la ville de... Bologne...

Cela tranquillisera peut-être nos amis polonais. Il reste à espérer qu'à Bologne en on avale pas sa sauce de travers...

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Race, racisme

À l'heure où l'on ne parle plus d'aveugles mais de mal-voyants, les mots "race" et "racisme" sont d'un usage bien délicat.

Les scientifiques ont prouvé, depuis quelques années, qu'il n'y avait pas de races humaines, qu'il existait seulement une espèce humaine. Notons quand même que ce sont ces mêmes scientifiques qui, un siècle plus tôt, avaient catalogué et même hierarchisé les différentes "races".

Puisqu'il n'existe pas de races humaines, il ne peut donc y avoir de racisme. Il serait donc logique que toute plainte pour propos ou attitudes racistes soit automatiquement rejetée. Il conviendrait peut-être de parler de "dermatisme" ou que sais-je, mon métier n'étant pas d'inventer et d'imposer des mots.

Malgré la preuve scientifique de l'inexistence de races, la famille de ce mot ne cesse de s'étendre. Au début de cette année, l'affaire fit grand pet en Belgique. Des supporters anversois n'avaient-ils pas publiquement tenus des propos éminemment racistes envers un club du sud en chantant "les Wallons, les Wallons, c'est du caca" ! Passons sous la pauvreté de la rime non sans noter que "les Wallons, les Wallons ce sont des strons" aurait eu plus d'assonance. Mais donc voilà que l'on parle de propos racistes.

Fort bien.

Voici quelques années, avant qu'on ne parque leurs supporters respectifs derrière des grillages barbelés, les matchs entre le FC Liégeois et le Standard (qui ne s'appelait pas encore "de Liège") donnaient lieu à des joutes oratoires de haut niveau. Parmi les chants glorieux, il en était un émanant des gorges rouches qui disait : "Les Liégeois, les Liégeois, c'est du caca". L'assonance y était presque.

Si, par hasard, de tels combats devaient revoir le jour, parlerait-on également de racisme entre le bas et le haut de la côte d'Ans?

Le ridicule n'ayant jamais été poursuivi pour meurtre, il y a de fortes chances de le croire.

Posté par josephorban à 17:30 - Des mots - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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