C'était en 1966. En Angleterre. J'avais à peine neuf ans. Mon parrain et beau-frère s'était alors offert un téléviseur pour que ses trois enfants et moi-même puissions voir les plus grands joueurs, prendre des leçons de fair-play, imiter leurs beaux gestes, etc. Bref tout ce que l'on nous disait au sujet de football.

À l'époque, la football se jouait en noir et blanc ou en brouillé quand le vent faisait vaciller l'antenne fièrement posée sur le toit. Question fair-play, on avait été servis. Envahissements de terrains, bagarres entre supporters, coups directs entre joueurs dans l'espoir parfois réussi de l'envoyer à l'hôpital, etc, une grande et belle leçon de morale. Le lendemain, les gosses du quartier se retrouvaient pour une partie sur une sorte de terrain vague sur lequel de vieux pulls représentaient les goals. Autant dire que les gamins se montraient plus habiles à imiter les coups que les beaux gestes vus la veille. Quant à moi, vu ma taille de nain de jardin, je m'estimais déjà heureux si je pouvais toucher une fois le ballon, sinon pour le remettre au centre.

À l'époque, tous les gamins (ce n'était pas un sport de filles) recevaient un jour ou l'autre un maillot de l'équipe préférée du père. Chez moi, c'est le maillot rouge et blanc du Standard qui n'était pas encore de Liège. Les parents ne nous poussaient pas vers le foot dans l'espoir de nous voir gagner des fortunes. Ils voulaient simplement développer notre esprit de camaraderie, de respect, etc. La plupart des joueurs, même les plus grands, étaient enfants des rues ou fils d'ouvriers et ouvriers eux-mêmes. C'était un sport du peuple, pour le peuple et les tribunes des stades débordaient de gens en bleu de travail. Pas comme aujourd'hui où la place la moins chère est plus chère qu'un fauteuil à l'Opéra. 

J'ai appris à lire vers quatre ans parce que mon père aveugle voulait que, le lundi matin, je lui lise tous les résultats et compte-rendus des matchs. S'il était supporter du Standard, son club de coeur était celui de Seraing, la ville où il était né. Club qui, à l'époque se traînait en deuxième provinciale. Mais il m'avait dit alors que, dans la vie, tout pouvait changer. Que les pays qui avaient disparu, comme le Montenegro pouvaient très bien revivre. Et que Seraing se retrouverait un jour en première division. 

Ce qui se passa effectivement plus de vingt ans plus tard...