Ça a encore flingué facile dans "la plus belle démocratie du monde", cette dernière semaine. Même les vieux s'y mettent, c'est dire comme on peut être heureux dans ce pays.

Même si je ne l'ai pas, heureusement, connue, comme tous les enfants nés avant 1960, je suis un enfant de la guerre. Toute mon enfance a été bercée par le mythe des GI's venus nous délivrer du nazisme. Ils étaient beaux, ils sentaient le sable chaud, ils apportaient des cigarettes, un truc qui s'appelait "chwingomm" et les femmes qui n'avaient plus baisé pendant quatre ou cinq ans pouvaient danser sur Glenn Miller ! La grande vie ! Dans ma famille, y'avait juste mon mononcle Victor qui, quand il avait un petit peket dans le nez, se laissait à évoquer les chars russes tellement puissants que lorsqu'ils sont entrés à Berlin, tous les murs s'effondraient sous la puissance de leurs seules chenilles. Allons, allons, Victor, ne parle pas de ça devant le gamin... Il souriait et se bourrait une ixième pipe en écume.

Nous, les enfants, on chantait tous la musique du Jour le plus long. Un film génial où l'on voyait des milliers de soldats débarquer sur les plages normandes en se fichant complètement des mitrailleuses inopérantes tenues par les Boches. Pas un seul blessé. Pas une goutte de sang. Rien que la sueur des Libérateurs. Même à l'école, on nous apprenait à chanter a capella "le jour est long, le jour est long"...

Forcément, les gamins, on suivait le sentier. Dans le petit village du Condroz, il y avait un gars qui votait communiste. Personne ne lui parlait. Il y avait un autre qu'on ne voyait jamais. Il se terrait dans sa ferme. Il paraît que c'était un collabo. En douze ans, il avait fait quinze gosses à sa femme. Un vrai bleu-blanc belge. Le gynécologue avait fini par lui casser la gueule parce qu'il refusait qu'on fasse la totale à sa femme et qu'il considérait qu'une femme, c'était comme une vache, ça devait mettre bas chaque année. Curieusement, on ne voyait que très rarement ses enfants. 

En deux jours, le héros Truman avait écrasé plus d'un demi-million de faces de citron. Autre chose que ce péquenot d'Autrichien à qui il avait fallu quatre ans pour tuer à peine six millions d'âmes. Rapport qualité/prix, il n'y avait pas photo. Sauf que Truman était un héros...

Attention, hein, je ne suis pas du tout en train de défendre l'immonde sous-peintre. Loin de là. Je dis simplement que, dans les années soixante (et même plus loin), il n'était jamais question des vices américains.

Eishenhower a été élu. Aka Ike. Grâce à un slogan "I like Ike". Il faut bien peu de chose. C'était le début de la politique showbizness. Une amorce à peine. Bien loin du trinôme Pognon, Pouvoir, Putains qui allait amener Kennedy sur le trône du monde...