Je dois bien avouer que je suis entré à l'hopital avec le moral dans les talons coincés dans un avaloir d'égoût. Je n'étais pas malade, j'allais juste pour une dizaine d'examens médicaux et la vue de toute la misère du monde autour de moi n'arrangeait pas les choses. 

Il doit y avoir un signe invisible sur mon front. Je serais seul au milieu de la place Rouge et il n'y aurait qu'un seul "fou" dans la foule, vous pouvez être certain qu'il m'abordera. C'est parfois usant. Et, des fous, des malades, c'est pas ce qui manque à la Citadelle. Autant dire que j'ai été fort occupé. Même si je n'avais pas trop le coeur à ça.

Je me suis retiré dans la salle de télé afin de poursuivre mes lectures. Un peu de calme, loin de mon voisin de chambrée qui n'arrête pas de hurler "INFIRMIERES" ! Là, je suis tranquille. Je n'allume pas la télé, je vais me chercher un semblant de café. Je lis. Dans la chambre à côté, une vieille dame, 80 ans. On doit l'amputer d'un pied prochainement. Elle pleure. Elle reçoit la visite d'une "psychologue de la douleur" sensée la préparer à cette mutilation. 

Il ne faut pas être négative comme ça, Madame... Je ne suis pas négative, je suis lucide ! Elle pleure. Je ne veux pas qu'on me coupe le pied. Mais, Madame, ce qu'on va vous faire, c'est un mal pour un bien, après, vous ne souffrirez plus (authentique !!!). Oui, je sais ce qui va arriver, on me coupe un pied, puis deux, puis trois (sic). Allons, allons, Madame, soyez raisonnable. Vous verrez, ce ne sera qu'une question de semaines, vous allez vous habituer à la prothèse... Elle n'écoute pas les larmes de la dame... Elle l'abreuve de ses conseils "yaka". Allez-vous en, dit la dame entre deux larmes. Mais je suis ici pour vous aider. Allez-vous en vous dis-je. 

Elle est partie. Je n'ai pas eu le courage de me lever pour voir quelle tête avait cette connasse...