J'en reviens à la saga Kramer. 

À mon retour en Belgique, à Liège, hélas, Lukas avait laissé tomber les peintures pornographiques. La pornographie, c'est vite lassant. C'est comme un homme ou une femme, surtout s'ls vivent ensemble.

Lukas s'est alors mis en tête d'inventer une fausse calligraphie. Il s'agissait de récrire mes textes dans un alphabet incompréhensible. Lukas a donc participé à plusieurs petites expos de groupe. Curieusement, il y a toujours vendu ne serait-ce qu'une pièce. Un jour, mon ami André Stas me téléphone pour me dire que le Créahm organisait une vente spéciale afin de se sauver. Tu veux bien mettre une pièce ? Oui. Le Créahm, c'est un grand atelier d'art pour handicapés mentaux. J'y avais donc ma place. Lukas avait déjà participé à plusieurs manifestations. Quand on vendait, on laissait trente pour cent de la vente. Ce salaud d'André avait simplement oublié de nous dire que, pour cette opération sauvetage, on laissait l'intégralité de la vente. Enfin, ce n'était pas bien grave.

Quelques jours après le début de l'expo, André me téléphone. Dis, Kramer, ta calligraphie est vendue hein, tu ne devineras jamais qui l'a achetée ? Ben non, forcément. Laurette Onkelinx! Ça pour une surprise, c'était une surprise ! Laurette Onkelinx était alors disons ministre de la culture pour faire bref (l'intitulé exact faisait bien deux lignes). 

C'est ainsi que Lukas est entré dans la collection de la Communauté française de Belgique !!! Une semaine plus tard, il reçut une lettre du Ministère lui demandant de bien vouloir fournir une notice biographique en vue de l'édition annuelle des acquisitions dudit Ministère. J'ai donc envoyé la fausse biographie qui est parue sans la moindre censure dans le catalogue. Ça me fait toujours rire. Ça n'avait pas fait rire certains peintres liégeois (pas tous), outrés par la chose. Comment as-tu fait ? Tu ne sais pas dessiner, tu n'es jamais allé dans une académie, nous, ça fait trente ans qu'on peint et le gouvernement ne nous a jamais rien acheté, même pas une esquisse. Toi, tu débarques et, hop. Question de style répondais-je calmement face à leur colère.

Evidemment, l'accusation principale, qui revenait toujours, c'était : "Elle t'as sucé ou quoi" ? Elle l'aurait même fait que je n'aurais pas révélé. Ma réponse était toujours la même : "Non, bien dommage d'ailleurs". À l'époque, pour une fois, ministre ou pas, je n'aurais pas dit non si elle me l'avait demandé.