J'aime beaucoup Michel Galabru. Avec Michel Simon, c'est un de mes "acteurs préférés", même s'il a joué dans beaucoup de navets. Dans les contemporains, j'ajouterai Fabrice Lucchini. Je n'ai pas d'actrice préférée. Je préfère de loin le théâtre "nô" où les rôles féminins sont tenus par des hommes. Je viens de lire une interview de Galabru dans laquelle il disait que sa vie était un échec (comme si la vie pouvait être autre chose). Vous savez, dit-il, des femmes, j'ai commencé à en voir dès que j'ai eu un peu d'argent. Quelle lucidité.

Ça m'a rappelé une dame qui était déjà mamie quand j'avais six ans. C'était, comme on dit, une dame qui n'avait pas sa langue en poche. Je ne sais pas si elle l'avait eue ailleurs. Qu'importe. 

Un jour, elle me parlait de sa vie. Tu sais, de mon temps, si on voulait avoir une bonne vie, on n'avait pas beaucoup le choix : soit on épousait un homme riche, soit on faisait la pute. Comme j'avais reçu une bonne éducation, j'ai épousé un homme riche. Finalement, entre l'épouse respectable et la pute, il n'y avait pas beaucoup de différence.

Peu de temps avant de mourir, elle m'avait fait hurler de rire. Tu vois, Joseph, j'ai eu quatre-vingts ans dernièrement. Je viens seulement d'apprendre ce qu'était la sodomie. Si jamais j'avais su que c'était aussi bon, je n'aurais pas perdu soixante ans de ma vie.

C'était, dans les deux sens du terme, une drôle de dame. Elle n'avait pas Alzheimer. Elle est restée très lucide jusqu'au bout. Ce qui l'énervait au plus haut point, c'étaient "les jeunes dames qui sont fières de travailler". Elles sont bêtes ou quoi ? Moi, je n'ai jamais travaillé. Oui, j'ai eu quatre enfants, deux garçons, deux filles, je faisais à manger pour six tous les jours. Le dimanche, c'était resto, mais, ça, ce n'est pas travailler. Tu m'imagines me lever tous les matins pour aller faire mes huit heures ? En plus, maintenant, ça fait vingt ans que je touche ma pension de veuve, je vais quand même pas me plaindre.

Je viens d'apprendre, pour rester dans le cinéma, que le Goya du meilleur film espagnol a récompensé un film intitulé "Il est facile de vivre avec les yeux fermés". Très beau titre. Quand ils les ouvriront, il sera trop tard...