J'étais à peine rentré du Mexique, quelques mois peut-être, que je recevais un coup de téléphone. C'était Georges Collignon. Un grand nom de la peinture liégeoise. Je ne le connaissais pas, sinon, forcément de réputation. L'homme devait avoir pas loin de 70 ans à l'époque. Il organisait une expo collective dont une partie des ventes serait reversée  au... Rotary !!! Et il voulait que Lukas y participe. Heu... bon... Si on en parlait ailleurs qu'au téléphone ?

Il m'invita à prendre un verre chez lui. Superbe maison. Tu sais, me dit-il, c'est rare quand j'invite un peintre chez moi. Bof, je ne suis pas un peintre. Non, je sais, mais tu es un merveilleux emmerdeur et c'est pour ça que je t'aime bien. Pour une fois que quelqu'un me disait cela. Un franc-maçon en plus ! Mon diable, j'ai accepté.

C'était un grand poster de Marilyn rehaussé de pastel gras, le tout sur une copie du manuscrit de Lincoln abolissant l'esclavage. Avec, decidelà quelques noirs pendouillant au bout d'une corde.  Collage qui fut vendu dans l'heure, ce qui me permit de me barrer tout de suite après.  Histoire de prendre l'air car la foultitude était, ce soir-là, particulièrement pompante.

Quelques années plus tard, je suis allé aux funérailles de Georges. Il faisait à crever de froid. N'ayant, pour me protéger, qu'une écharpe blanche, je l'avais mise autour du cou. Scandale ! J'ignorais complètement que c'était l'insigne de la loge du peintre. Je fus donc pris entre deux feux. Celui de ceux qui pensaient que je n'avais aucun respect envers les morts et que je portais l'écharpe pour me foutre de la gueule du défunt et celui, plus interrogateur, de ceux qui disaient que j'avais bien caché mon jeu et que c'était parce que j'appartenais à la loge qu'on m'avait toujours laissé la liberté de parole !!! Hahaha...

Les Liégeois sont parfois plus Texans qu'au Texas...