Comme me le fait justement remarquer VdW, il existait déjà un Lukas Kramer en Allemagne, peintre plus âgé que moi. Je l'ignorais à l'époque. Mais ça n'avait pas d'importance. Il doit bien exister plusieurs Pablo Picasso en Espagne, les noms de famille ne sont pas encore des marques déposées. Encore que, ça finira bien par arriver une jour. 

Donc, je suis parti au Mexique, avec Lukas dans mes bagages. J'avais décidé d'organiser une exposition de petits formats de divers peintres belges. Sacrilège, il y avait des Flamands parmi eux et ça n'avait pas beaucoup plu au Ministère de la communauté française de Belgique. Déjà que je devais répondre aux Française de l'Alliance qui s'étonnaient d'apprendre qu'il y avait une communauté de Français en Belgique qui aidait les artistes belges ! Passons. 

Bien entendu, bien que soi-disant Allemand, Lukas participa à l'expo. Je n'avais évidemment pas apporté les peintures les plus hard. Malgré tout, c'était de trop pour la pudique direction de l'établissement. Du bout des lèvres, le directeur accepta que les peintures de Lukas (il ne savait rien de la supercherie) soient exposées dans un petit réduit éclairé par une simple bougie avec, sur la porte, un panneau avertissant que l'endroit était interdit... aux moins de dix-huit ans ! Ce qui était drôle car tous les étudiants de l'Alliance étaient majeurs. Le soir du vernissage, le petit réduit n'a pas désempli. Ça me faisait d'autant plus rire que plusieurs notables du coin achetèrent du Lukas.

Bon, comme j'étais payé 125 euros par mois (!!!), j'allais pas me gêner.

Et puis, il n'y avait pas que Lukas dans l'expo, il y avait plein d'autres artistes, peintres, photographes, cinéastes, etc. Il y eut plusieurs articles dans la presse. Même une émission de télé. J'ai oublié le nom de la dame qui m'avait interviewé puis invité à prendre un verre ensuite. Je me souviens que les Mexicains s'étaient foutu de moi parce que j'avais refusé. C'est vrai que la dame était plus que fort belle et qu'elle en était plus que consciente. Je me souviens que sa poitrine était enrobée de dentelles françaises et noires, mais je n'ai pas jugé utile d'aller vérifier si c'était ou non un ensemble. Elle avait déjà assez de mal avec le troisième bouton de son chemisier qui s'entêtait à ne pas se fermer.

Trente ans plus tard, il m'arrive parfois de me demander si elle n'avait pas été un petit peu vexée...

(à suivre)