Ce matin en allant acheter mon pain, je croise un "agent de la propreté" liégeois. Un boulot de merle malheureusement nécessaire dans une ville aussi sale que Luik. Le monsieur avait l'air sympa, je me suis donc approché de lui pour lui tenir compagnie. Il était en train d'inspecter les abords des fameuses "bulles à verre" qui font l'ardente fierté de la cité mosane. C'est pas bien compliqué : dans la bulle verte, on dépose les bouteilles en verre teinté et dans la blanche, vous m'avez compris. Dans la réalité, c'est autre chose. Ces bulles sont souvent le point de ralliement de dépotoirs clandestins. C'était particulièrement vrai ce matin. Le pauvre homme était en train de fouiller le contenu des sachets de plastique. Vous n'allez quand même pas me dire que les gens sont cons au point de mettre une photocopie de leur carte d'identité dans les ordures ? Leur carte, non, me dit-il en souriant, mais, regardez. Il me tend une enveloppe sur laquelle on peut lire clairement le nom du destinataire. À partir du premier janvier prochain, il y aura de fortes amendes me dit-il. Pour le moment, il doit se contenter de prendre les preuves et de les consigner dans un carnet. L'homme n'a pas l'air d'avoir l'esprit du keuf en excès de zèle. Vous pouvez pas savoir ce qu'on trouve dans ses sachets, me dit-il, parfois, on se demande si les gens ne veulent pas économiser une chasse d'eau. Il soupire. Oui, ça me donne du boulot, me dit-il, mais je préférerais être au bord de l'Ourthe à traquer le poisson que toute cette merde.

Sur le chemin du retour, je m'arrête près de la petite poubelle publique posée à côté de l'arrêt de bus. Elle est vide. Cent mètres alentour il y a une bonne dizaine de cannettes jetées et de barquettes de frites sur le trottoir. Un sport bien liégeois. 

À New-York, ces cannettes sont consignées, 5 cents. Cela permet aux clodos de les demander et de les rapporter à un dépot pour avoir de quoi se payer un sandwich. Au Mexique, quand on achète une bouteille de bière, la consigne est plus chère que la bouteille. Autant dire qu'on en voit jamais traîner dans les rues. D'autant que les éboueurs passent tous les jours. Mais ces contrées sauvages n'ont évidemment pas atteint les mêmes sommet de civilisation que Luik...