Me voilà donc depuis près de deux mois dans cette nouvelle demeure. J'y ai plus de confort comme disent les amis qui n'y ont encore jamais mis les pieds. C'est vrai, au Bois, cela faisait sept ou huit ans que je n'avais plus l'eau chaude. Ni pour la vaisselle, ni pour me laver. Je me débrouillais comme entre les deux guerres, du temps où il n'y avait pas de baignoire, mais un simple bassin que l'on remplissait à l'aide d'une cruche de faience. Si possible assortie. Ici, j'ai tout de même une salle de bains pour pygmées ou nains de jardin. Ce n'est pas grave vu que j'appartiens à cette deuxième catégorie. Je n'ai jamais été habitué au luxe, ni même au confort élémentaire. Cela ne m'a jamais gêné. Enfant, déjà, je pressentais que je ne serais jamais « riche ». Cela ne m'intéressait pas. C'est pour ça que je n'ai jamais demandé le permis de conduire. Pour quoi faire ? Distrait et habile comme je suis, combien de tôles froissées, de blessés ou de morts aurais-je eu sur la conscience ?

Cela fait près de deux mois que je vis sur une île. Sans téléphone. Sans l'internet. Je ne serai raccordé qu'après la mi-décembre. Ça me rappelle ma traversée de l'Atlantique où je n'avais d'autre paysage que celui des vagues. Sauf qu'ici, c'est beaucoup plus long. Deux mois et demi pour avoir le téléphone ! J'ai eu beau dire que j'en avais besoin, que j'étais malade, autant pisser dans un mirliton. Ou chier dans l'oreille d'un sourd.

Ce matin, j'ai ri en voyant que, dans mon lit d'une personne, il y avait deux coussins. C'est beaucoup trop. Mais peut-être fait-il office de doudou ? Comme si quelqu'un allait venir partager encore ma couche ! Autant imaginer que je vais passer l'hiver à récolter des noix de coco.

Ce qui m'a fait me demander pourquoi les gens collaient-ils bien souvent l'image du paradis à celle de l'amour ? Sans doute parce que ni l'un, ni l'autre n'existent. Ce ne sont que des mirages.