Ouf ! Je commençais à désespérer. Pourtant, je ne suis pas allé à Lourdes. Ni même à Banneux. Hier, je suis allé visiter un appartement. Il était occupé depuis plusieurs années par une dame âgée. Elle devait partir à regrets car monter à l'étage lui faisait trop mal. Je comprenais ses regrets. C'est une petite rue fermée, vingt maisons à peine. Impossible d'y circuler, sauf pour les habitants, car la rue est fermée par des escaliers. Un coin de silence dans la ville. Des petits magasins à portée du pied. Des commerçants que je connais car ce n'est pas très loin d'où j'habite. Une rue plane. Un loyer plus qu'honnête. Un rêve trop beau pour être vrai.

Mais mes chances sont limitées, il y a déjà cinquante personnes sur le coup. Jusqu'à présent, les divers propriétaires m'ont envoyé paître parce que je ne gagne pas assez d'argent. Faut que je trouve un truc. La dame est espagnole. Je ne sais pas comment, mais, soudainement, tout mon espagnol oublié depuis longtemps me revient. Elle semble étonnée. Vous avez un drôle d'accent, me dit-elle. Je lui explique le Mexique. Elle est Andalouse. Elle ne prononce pas le s final. Elle semble heureuse de parler dans sa langue natale différente quand même de celle des Tropiques. 

Dix heures du matin, le propriétaire me téléphone. Vous êtes là vers 14 heures ? Oui. Je peux passer pour vous faire signer le bail ? Je reste muet quelques secondes. Il arrive à 15 heures. L'affaire est conclue. Je téléphone à la fille de la dame pour lui dire qu'elle peut retirer l'annonce. Oh, monsieur Orban, vous ne pouvez pas savoir comme je suis contente que ce soit pour vous !!! Je ne la connais pas. Est-ce la conversation en espagnol qui a fait avancer les choses ? Je ne le saurai jamais. Il suffit parfois d'un détail.

Quand, voici vingt-quatre ans, j'avais loué mon actuelle maison, la propriétaire m'avait demandé quel était mon prénom ? Joseph. Ses vieux yeux s'étaient illuminés. Oh ! Comme mon mari ! Ils avaient ri tous les deux. Je vous donnerai notre réponse demain, monsieur. Mais, en sortant, je savais déjà que la maison était pour moi...

Pour une fois que mon prénom me servait à quelque chose. Pour une fois que le Mexique aussi...