Je me souviens des minuscules timbres Ultra que les ménagères devaient coller dans un carnet qui, une fois rempli, donnait droit à une vingtaine de francs (belges) de réduction lors du prochain achat à l'épicerie. Je me souviens que cette corvée était tellement fastidieuse que ma mère me la confiait toujours. Je me souviens que le goût de la gomme posée au verson du timbre était particulièrement immonde. Je me souviens qu'il me fallait plus d'une heure pour remplir le carnet que je j'avais déjà trouvé à l'époque que ce n'était pas très cher payé.

Je me souviens que ma mère a toujours refusé d'aller dans une épicerie Coop sous prétexte que c'était un magasin pour ouvriers.

Je me souviens que ma mère, quand elle était fâchée utilisait toujjours la même phrase : "fuyez, vous sentez l'ouvrier" ! Je me souviens qu'elle la disait devant mon père qui était ouvrier. Je me souviens m'être demandé, le jour de sa mort, si papa n'avait pas poussé un dernier soupir de soulagement en se disant qu'il n'entendrait plus jamais cette sentence insultante qui aurait pu le rendre sourd en plus d'être aveugle.

Je me souviens m'être toujours demandé comment papa avait pu supporter cette femme pendant quinze ans ? Sans doute parce que, concernant ses relations amoureuses, il devait être aussi con que moi. Ce qui n'est pas peu dire...