Ce matin, j'étais avec mon ami Jean-Louis Vanesch sur le parking du GB lorsque nous entendons une voix: "Hé, Jean-Louis ! Joseph ! Depuis le temps" !

C'était Pierre Houcmant. Un photographe, tout comme Jean-Louis. J'aimais bien son travail. J'aimais bien le type aussi, mais cela fait au moins dix ans que je ne l'avais plus vu. Je dois bien avouer que je serais passé près de lui sans le reconnaître. C'était un ancien de Saint-Luc aussi. Un ancien de la classe Grooteclaes. De ceux qui avaient appris à voir avant de déclencher l'appareil et pas le contraire. À une certaine, mais déjà lointaine époque, il avait trouvé un boulot à la Communauté française. Il était chargé de tirer le portrait de tous les écrivains francophones. Je m'étais "disputaillé" avec lui quand j'avais appris le prix qu'il demandait pour un portrait publié. Mais, t'es con ou quoi ? Ça paye même pas ton tirage. Je sais, m'avait-il dit, mais j'aime bien ce travail. OK, mais de là à perdre ton fric. Enfin, entre deux cons, on s'était compris. Il est donc venu un jour chez moi me tirer le portrait. C'est ce jour-là que je me suis dit que, pour réussir ma photo avec la gueule que j'ai, ça voulait dire que Pierre avait beaucoup de talent.

Ce jour-là, je pensais qu'il allait venir puis repartir une heure plus tard. Que nenni ! Il avait foutu un de ces bordels pas croyable. Histoire de mettre en place ses parapluies, ses réflecteurs, tout le matos. Moi, je me disais qu'il venait faire une photo style carte d'identité, sans plus. Bonjour Joseph, clic-clac, au revoir. Il était resté plusieurs heures. D'autant qu'après, il avait tout rangé avant de partir.

J'étais très content de le revoir. Il avait putainement changé physiquement. On ne s'est pas trop attardé sur ses problèmes de santé. Il a fait, dernièrement, plusieurs thromboses. Mais, tu sais, Jean-Louis, tu sais, Joseph, j'aurais mille fois préféré qu'ils ne me sauvent pas. Si j'avais su ce qu'allait être ma vie aujourd'hui... Je te comprends, Pierre, je pourrais dire la même chose...

Mais j'étais quand même très content de t'avoir revu...