C'était il y a deux ou trois mois, je ne sais plus. Enfin, si, c'était pendant l'hiver 2010/2013. On frappe à la porte. D'habitude, je ne réponds pas. Vous le savez, je suis plutôt de la famille des ursidés. Je ne sais pas pourquoi, je vais malgré tout ouvrir. C'est une femme. Il y a trente ans de cela, elle avait été plus ou moins amoureuse de moi et moi plutôt moins que plus.

Je ne sais pas comment elle avait eu mon adresse. Sans doute un traître qui lui avait dit de tenter sa chance, que j'étais seul et qu'elle l'était aussi désormais. Ce qui, en soi, était déjà mal barré. En soie aussi, notez, car elle n'était pas habillée comme une femme d'ouvrage venue faire le ménage. Non, c'était plutôt style bourgeoise beau con belle gaine en mal de ramonage. Avec des bas, pas des collants. Même si je ne savais plus à quoi ça ressemblait, je pouvais voir la marque de ses jarretelles au travers de sa robe. Il fut un temps où je ne me serais pas posé dix mille questions, peut être neuf mille, mais ce temps appartenait aux neiges d'antan.

Je t'invite à manger ce soir chez moi, me dit-elle. Ah bon ? Manger quoi ? Des huîtres et des figues, demandais-je avec style ? Parce que, tout est question de style. Mais, Joseph, me dit-elle... Tu es fou ? Pas que je sache. Mais je te fais une proposition... Tu n'as pas envie de connaître encore le bonheur avec une femme. J'ai souri. Poliment. Tu te fous de ma gueule ou quoi ? Elle a compris assez vite, ce qui m'a fait croire qu'elle pouvait être une trans. Tu ne veux vraiment pas ? Non. Elle est partie. Je suis resté à discuter un peu avec ma bâtarde siamoise. 

Comme si, à moins d'être une bergeronnette rare, on pouvait ainsi, d'un clic de jarretelles, tromper sa solitude...

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