La Belgique, ça a toujours été un pays assez spécial. C'est quoi, être Belge ? Je l'ignore toujours. J'ai moi-même, par ma grand-mère paternelle, du sang flamand qui coule dans mes veines. Comme nombre de Wallons d'ailleurs. Cela remonte aux débuts de l'ère industrielle où nombre de Flamands affamés venaient se perdre sur les rives de la Meuse dans l'espoir de trouver du travail. Certes moins bien payé que celui des Wallons arrogants de l'époque. Mais, du travail quand même. Ne disait-on pas, jusqu'à la fin des années soixante, que les Flamands, ce n'étaient pas des gens ? Ne disait-on pas, d'un crétin fini, que c'était un Flamand ? 

Puis, petit à petit, la puissance économique s'est inversée. Et, forcément, la puissance politique aussi. Puisque la politique a, depuis longtemps, laissé sa puissance à l'économie et que tout politicien n'est plus qu'un pantin articulé par celle-ci.

Au milieu des années quatre-vingts, je revenais d'un séjour à Paris. Il faisait beau. Je n'avais pas envie de rentrer de suite à Luik, alors, arrivé à Bruxelles, je décidai de prendre le train pour Ostende. J'avais envie d'une Duvel sur la digue. C'était au mois de mai, en pleine semaine, c'était encore tranquille. Pas la foule. Je n'ai jamais appris le flamand de ma vie. Je commandai donc en français. J'observais la servante déposer un gros plateau de biscuits salés avec chaque bière. Elle m'apporta ma commande, sans un mot, sans plateau à côté... Je fis alors une expérience. Il me restait en poche quelques petits billets de francs français. Je commandai une autre bière et montrai les billets et demandai à la dame si elle acceptait les francs français ? Mais bien entendu, monsieur, dans un français impeccable. Elle alla même jusqu'à me montrai quel billet et quelles pièce je devais lui donner pour l'addition ! Puis elle revint peu de temps après avec un immense plateau de biscuits salés. 

Je ne lui ai pas demandé comment on disait "enculée" dans sa langue. J'ai bu ma bière et suis parti sans toucher aux biscuits. Je n'ai jamais aimé ce genre de choses salées... Puis j'ai repris le train pour Luik...