De quoi pourrais-je bien parler aujourd'hui ? Histoire de faire preuve d'originalité ? Comme s'il était obligatoire d'être original tous les jours. La banalité a aussi son charme. Ainsi, ce matin, j'ai dû monter ma torturante rue pour aller m'acheter du pain. Celui-la même pour lequel j'avais déjà grimpé le col hier, mais que j'avais oublié. 

Dans ma rue, j'ai aussi mon fan-club. Il est composé de veuves, d'autres qui le seront bientôt, elles sont une dizaine et la moyenne d'âge du club tourne aux alentours des 80 ans. Après tout, c'est plus décent que si je me mettais à lorgner leurs arrière-petites-filles qui, de toute manière, quand elles sont là ne me disent bonjour que parce qu'elles sont polies. Finalement, je suis bien content de les croiser. Elle me permettent du faire une pause dans mon ascension qui ressemble de plus en plus à une montée du Golgotha. 

Alors, mes vieilles amoureuses me parlent. Je leur réponds. Aucune d'elles ne connaît ni mon nom, ni mon prénom. Moi non plus. On n'a jamais sauté la barrière du tutoiement. Ce matin donc, j'en ai croisé quatre. Elles m'ont toutes parlé de la même chose : la pluie. Hein, c'est quand même quelque chose, monsieur, dire qu'on est à la mi-mai. Eh oui... Et, non seulement il pleut, mais il fait froid. Ce matin, la motte de beurre semblait même sortie du frigo . Je pourrais presque débrancher le frigo. Il pleut, il pleut et, selon les astrologues de la météo, il va encore pleuvoir ainsi pendant plusieurs jours. Alors, je rassure mes vieilles amoureuses en leur disant que c'est un temps rêvé pour le cresson. Alors elles rient. Après tout, elles ont beau avoir quatre-vingts ans, ce sont toujours des femmes. Et les femmes aiment bien qu'on les fasse rire... Et, à leur âge, une seconde de rire, ça leur permet d'oublier brièvement leurs maux et maladies...