Je ne me souvenais même pas qu'en 1995, j'avais commencé un album intitulé "Une vie ordinaire". Je n'avais pas d'enfant. Je n'imaginais même pas jamais en avoir. C'est une des très rares photos d'Afrique que je possède. Je devais avoir plus d'un an puisque je tenais debout, mais moins de deux puisque j'ai connu la Belgique en mai 1959. D'après ce que j'ai toujours entendu dire, la petite fille près de moi, oui, celle qui a la peau noire, serait la fille de Yona. Le seul boy que nous avions à la maison. Voilà ce que j'écrivais quand j'ai commencé cet album :

C'est ma première amoureuse. Je ne la connais pas. Je ne la connaîtrai jamais. Je ne sais pas où je suis né. Je n'ai pas de nid. Je n'ai pas de racines vraiment. C'est parce que je ne suis de nulle part que je me sens bien partout, sans doute, peut-être. Je ne sais pas ce que la main de la petite fille touche. Si je l'avais su, si on me l'avait dit, je ne serais certainement pas en ce moment en train de questionner les lunes. Je n'ai pas de destin. Je ne suis rien d'autre qu'une vie ordinaire...

joseph orban, liège, le 25 juin 1995...

Je devrais écrire ce texte aujourd'hui, alors que j'arrive à mon dernier quartier de lune, je ne changerais pas un mot. Je me rends compte que, déjà à l'époque, j'avais effacé les majuscules de mes nom et prénom. Ça n'a pas changé depuis. Même ma signature est en minuscules. 

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