C'est mon ami Eric Brogniet qui m'a mis au courant de cette nouvelle que beaucoup trouveront sans aucune importance.

http://www.ledevoir.com/societe/education/377665/c-est-la-fin-du-programme-arts-et-lettres

Ainsi donc, en 2015, au Québec, on n'enseignera plus les arts et lettres, mais l'art de la communication. Je mentirais en disant que cela m'étonne. Cela fait plus de trente ans que je le sentais venir, ce boulet. Déjà quand j'étais étudiant en "lettres" dans une université dont j'ai oublié le nom. Quand j'entendais des étudiants me dire "mais, qu'est-ce qu'on s'en fout de savoir que c'est Hugo qui a écrit les Misérables" ? C'est vrai, on s'en fout. Il y a des milliards d'être humains qui ne l'ont jamais lu et qui ne s'en portent pas plus mal. Quand ces mêmes étudiants, devenus, je me demande toujours comment, professeurs de français me disaient initier leurs élèves à la poésie enanalysant... des slogans publicitaires !!! Quand, à vingt ans, sur le journal mural que j'avais l'imbécillité de mettre aux murs de la fac, je dénonçais le fait que certains postes de professeurs se transmettaient de génération en génération et que je me demandais combien de temps il faudrait encore pour voir un trisomique (à l'époque on disait "mongol", mais je crains qu'aujourdhui ne soit plus très correct) blablater dans le vide du haut de sa chaire ? Quand, voici quelques années, je faillis tomber de ma chaise en apprenant qu'une sinistre imbécile dont je suis content d'avoir oublié le nom avait été récompensée d'un prix assez conséquent pour avoir contribué à faire connaître la littérature belge à l'étranger en donnant tout un cours (d'une page ?) sur... Amélie Nothomb !!!

Donc, plus d'art au Québec, et, surout, plus de lettres. Rien qu'un art de la communication. Dont l'inventeur, il est toujours bon de le rappeler, n'était autre que Josef Goebbels. Mais, modeste comme il devait l'être sans doute, il n'en a jamais revendiqué la paternité. L'homme se contentant de rappeler le premier et dernier commandement de sa trouvaille : "dites un mensonge une fois, c'est un mensonge. Répétez le mille fois, c'est une vérité". Formule que l'on trouve merveilleusement appliquée par les jeunes journalistes de la presse Lucky Luke contemporaine.

Il y a quand même un immense paradoxe qui me chipote chez ces nouveaux grands-prêtres de la con-munication. C'est que, même pour écrire de la merde, il faut quand même savoir écrire. Comment feront-ils puisqu'on décide de ne plus leur apprendre les lettres ?