Loulou, je t'aime... Je t'aime parce que tu es brune et rousse et noire et parce que tu sais que je n'aime pas les blondes. Je t'aime parce que tu te tais quand je crie, que tu cries quand je ne dis rien. 

Je t'aime surtout parce que tu n'existes pas. Je t'aime parce que tu n'existeras jamais. Que tu ne viendras jamais me dire que je n'ai pas fermé le tube de dentifrice. Je t'aime parce que tu ne m'as jamais dit de ne pas oublier mon parapluie ou de mettre une petite laine parce que, tu sais, Joseph, il fait froid. Je t'aime, je t'aime à crever, parce que tu ne m'as jamais dit que je ferais mieux de ne pas finir la bouteille de vin, que je ferais mieux de cesser de fumer ou de mettre le sel que je ne mets jamais sur les frites. Je t'aime parce que tu ne viens jamais m'éveiller dans la solitude de mon canapé où je m'endors heureux depuis tant et tant d'années. Je t'aime parce que tu ne t'es jamais retournée quand je passais sur un pont de Luik. Je t'aime parce que tu ne m'a jamais appelé par mon prénom.

Loulou, je t'aime, de plus profond du coeur, tout simplement parce que tu n'existes pas.

Je t'aime, parce que, comme tu n'existes pas, tu ne m'écriras jamais "je t'emmerde". Aucune femme ne m'a jamais écrit cela. Même pas celle que je déteste le plus au monde.

C'est pour cela que je t'aime, Loulou...

Parce que tu n'existes pas.

Je t'aime...