Je devais avoir trente-cinq ans lorsque, dans un bistrot, un jeune garçon était venu me demander s'il pouvait s'asseoir à ma table et me parler un peu, il avait lu je ne sais plus quel "livre" de moi. Je lui avais répondu en souriant qu'il pouvait prendre un verre sans problème puisqu'il me proposait de parler de vide, de l'inutile et d'autres choses d'importance bien plus futile encore. Bien entendu of course, ayant le double d'heures de vol, j'avais de suite compris qu'il était, sans le dire très amoureux de moi. Nous étions allés chercher de quoi manger dans une sandwicherie et j'avais demandé à la jeune dame s'ils faisaient des réductions aux pédés? J'vais été fusilé du regard. Mais, dis-je mentant éhontément, j'habite à Sans Francisco et, là, on fait des réductions aux gays. Le jeune garçon était sorti de l'endroit plus rouge qu'une pivoine vierge me demandant comment j'avais deviné ? Mais, mais, m'avait-il balbutié tandis que nous prenions l'une ou l'autre boisson qui délie les langues, tu crois que c'est plus difficile pour un mec d'avouer son homosexualité que pour une fille ? Mon esprit jésuitique reprennant le dessus, je lui avais répondu : "tu crois que c'est facile d'avouer son hétérosexualité " ? Il avait ri. Il avait le sens de l'humour.

Mais, Joseph, tu regardes quoi, d'abors, chez une femme ? Vaste question. J'avais l'impression qu'il prenait sa revanche. Je ne m'étais jamais vraiment posé la question. Je n'aimais pas les brunes, ni les rousses ni les blondes. Ce qui limitait déjà lourdement le choix. Comme ça, à première vue, je préférais les seins mandarine aux poitrines citrouille. Non, non, me dit-il, sachant déjà tristement qu'il n'avait aucune chance, qu'est-ce que tu regardes en premier ? En premier ? Difficile à dire. Je regarde simultanément les mains et puis les yeux. Et puis leur sourire. Mais, tu sais, je ne connais guère de femmes qui m'aient montré leur sourire en voyant ma gueule.

Il avait ri. Je ne l'ai plus jamais revu depuis.