Je vais encore me faire des amis chez les artistes ceptuels. Mais, je m'en fiche. Comme m'avait dit Perec, au point où j'en suis... Et moi, à la virgule où j'en suis, je m'en fous encore plus. Je considère Edward Hopper comme un des plus grands peintres du vingtième siècle. Je pleure et j'éjacule plus devant une toile d'Ed que je pisse dans un urinoir de Duchamp. Et alors ? Ça vous dérange ? Moi pas. Il y a, chez Hopper, tout le désespoir du monde et des amours aussi impossibles qu'inutiles. Et cela mérite le plus profond respect. C'est quand même autrement profond qu'une pissotière considérée comme "le plus grand chef d'oeuvre du siècle dernier", non ?

Il y a une douzaine d'années, j'étais chez des amis qui m'ont rayé de leur cercle pour raisons familliales. Passons. Ils avaient chez eux un poster encadré d'Edward. Je leur ai expliqué que, chez ce peintre, il y avait TOUJOURS un espace de lumière, même minime, qui était essentiel. Si on l'enlevait, le tableau n'existait plus. Il basculait et ne voulait plus rien dire. Tu vois, leur avais-je dit, la petite tasse blanche de café, en bas à gauche ? Tu l'enlèves et ça devient un chromo. Tu la laisses et c'est un chef d'oeuvre. 

Le problème c'est que, maintenant, on ne regarde plus les toiles. On se demanderait même pourquoi il y a une croix dans une descente de croix ? Et pourquoi une couronne d'épines sur la tête et pas une autre de pines dans le cul ? Je me le demande.

L'art, n'est pas une question de dollars, mais de regard. 

Le tout, dans un monde aveugle. 

Quant à ma mère, qui surgissait dans mon bureau pour me demander ce que je fichais à salir des feuilles avec mon encre; que ça ne me conduirait à rien, je suis prêt à lui accorder ma miséricorde et à lui dire qu'elle avait raison. Je suis parti de rien pour arriver à rien. Ce n'est déjà pas mal. Ça aurait pu être pire. Tu as raison, maman, je ne resterai dans la mémoire de personne. Et c'est tant mieux. 

Et que je continue à salir des pages d'encres noires...