Samedi, j'ai reçu la visite de mon ami Jean-Paul, carolo exilé depuis vingt-cinq ans en Italie pour cause de mariage. Il a plus ou moins mon âge. On a parlé de tout, de rien, surtout de rien, comme souvent. Je ne me souviens plus comment la discussion est arrivée sur le cul ou, plutôt sur sa préhistoire. Nous étions trop jeunes pour avoir participé à mai 68 et trop vieux pour être des enfants de 68. Comment avons-nous découvert la sexualité, sujet hautement tabou dans la plupart des familles d'alors ? 

Tant pour lui que pour moi nous n'avions pratiquement rien sous la main -si j'ose dire- pour nous permettre de découvrir LE mystère. À part les reproductions de peintures du petit Larousse. Personnellement, j'ai dû attendre d'avoir vingt ans pour voir de mes yeux une fille nue. Et explorer un peu plus loin la différence. Ce fut, pour moi, une découverte pleine d'effrois et de peurs. Mais auparavant ? À l'heure de calmer les bourgeons qui éclatent ? Nous n'avions rien. Ou presque. Les revues "sales" nous étaient interdites, tous les fims aussi puisque nous n'avions pas 18 ans. Et quand, par hasard, un "grand" nous refilait une revue scandaleuse (digne aujourd'hui du catéchisme), c'était pour découvrir que ce que nous cherchions à découvrir avait été gommé par d'immenses marques de marqueur noir. La ruemeur de l'époque disait que cette tâche était confiée aux... prisonniers !

En fait, nous n'avions pas besoin de grand chose pour bourgeonner. Il suffisait de lire "alors, il passa sa main sous la jupe" pour que la sève monte. À la télé, nous avons dû être des milliers à nous retrouver devant Angélique alors que l'actrice n'a même jamais montré ses seins en entier. Au cinéma, nous avons dû attendre la sortie de Malizia pour aller voir le film quatre ou cinq fois. Dans un souci fort éloigné de la cinéphilie. J'étais un jour tombé, par le plus grand des hasards sur un livre de Violette Leduc. Ah oui, moi aussi, me dit Jean-Paul. C'était un livre que l'on cachait sous le matelas et puis qu'on finissait par jeter à la poubelle en catimini une fois que les pages ne tenaient plus ensemble. Il nous fallait à chaque fois transgresser nos peurs pour découvrir un brin d'herbe. C'était du temps des dinosaures.

Mais aujourd'hui, que font les ados ? Il leur suffit d'aller sur n'importe quel site porno, de cliquer sur "oui, j'ai plus de 18 ans" quand ils en ont à peine douze pour découvrir en une heure ce que nous avions mis plus qu'une adolescence à chercher.

Sans doute trouvent-ils donc normal dès lors qu'une femme se fasse sodomiser par, au moins un homme juste après avoir dit bonjour. Le moindre geste, chez nous, était une transgression. Aujourd'hui, c'est devenu une habitude "normale". 

Quoi de plus romantique, en effet que d'éjaculer ou pisser sur le visage d'une femme après quelques secondes ? Et c'est encore plus ludique quand l'actrice, bonne, forcément bonne, a invité quelques autres mecs, quelques autres femmes... D'ailleurs, c'est clair, toutes les femmes ne demandent que ça. Les autres, ce sont juste des pétasses nostalgiques... Et qui, en plus, après, auraient l'audace de demander comment tu t'appelles ! Non, mais, pourquoi pas le numéro de mon portable, en plus ?