Durant toues mes années de scolarité (et même à l'univerchié) il y avait une sorte de dogme: la littérature belge n'existait pas et, si elle existait, elle était mauvaise, forcément mauvaise. Il y avait bien Emile Verhaeren et ses villes tentaculaires et Maurice Carême, le seul poète caparable de vous dégoûter à jamais de la poésie. Simenon était considéré comme un écrivain de gare tout juste bon à être donné à lire aux imbéciles, au même titre que les auteurs de BD. En fac, il y avait même un sombre crétin qui prétendait que la littérature française était morte avec Chateaubriand, alors, la littérature "belge", vous pensez...

Puis, à la fin des années septante, s'amorça un mouvement appelé "belgitude" désireux de promouvoir les lettres belges de langue française. On créa même un mensuel, ma foi fort bien fait, mettant en exergue toutes les plumes du royaume. Même celles plantées dans le cul de la littérature. Enorme volte-face par rapport à mes jeunes années. La devise de la revue aurait pu être "si c'est belge, c'est bon". Comment ? Mais vous n'avez pas lu tout l'oeuvre de Simenon ? J'y ai même lu des articles à la gloire d'Amélie Jenesaispluscomment ! C'est dire.Je pense même avoir eu deux ou trois fois les honneurs de leurs colonnes.

Je me souviens être allé un jour pas rasé à une conférence que donnait Jean-Marie Klinkenberg, un des rares prof d'univ avec lequel je m'entends bien. Un auditeur lui avait demandé comment il avait fallu autant de temps pour qu'on enseigne la littérature belge à l'université ? Jean-Marie était à l'origine de cette chaire. Là, j'ai entendu Jean-Marie donner une réponse que j'avais trouvée plus que bête. Bon, ce n'est pas grave, aucun homme, même universtaire, n'est à l'abri d'une connerie. Mais, là, il avait fait fort. Parce que, avait-il dit, nous n'avions à l'époque aucune méthodologie pour analyser la littérature belge. 

Ah bon ? Cette méthode était tellement différente de celle appliquée à la littérature française ???

Puis, plusieurs années plus tard, arriva un nouveau con-cept. Les écrivains belges sont des "irréguliers du langage" ! J'admets que c'était un bon slogan qui perdura d'ailleurs des années durant.

Mais, que je sache, tout écrivain, qu'il soit belge, américain, angolais, papou, etc n'est-il pas TOUJOURS un irrégulier du langage ? Sans quoi, il devient fonctionnaire. Notez que l'un n'empêche pas l'autre...