J'étais allé un jour chez Tropismes, célèbre librairie bruxelloise, et j'avais demandé s'ils avaient le dernier Stephen King ? On m'avait regardé comme un pahacochère déboulant dans une élevage de porcs belges. Quoi ? Joseph Orban lisant Stephen King ? Ce sous-écrivain de sous-merde ? Et alors ? Le plus drôle, c'est qu'aucune des employées n'avait jamais lu la moindre ligne de celui que je considère comme un des plus grands romanciers américains contemporains. Sur le même plan que John Irving. Car, au-delà du côté "fantastique" de ses romans, j'y retrouve, à chaque fois, une vision particulièrement lucide de la société américaine actuelle. Il vient de sortir un livre sur l'époque Kennedy, je vais demander un SP chez Tropismes.

J'avais quinze ans lorsque je me suis retrouvé par le plus grand des hasards dans la ville de Bangor, Maine. Le nom de Bangor me faisait peur. Le motel où j'ai logé aussi. On aurait dit que j'entrais dans un film noir et blanc, avec une radio des années trente dans la chambre, un mystérieux piano mécanique dans le hall. Un pleine lune à faire claquer les volets. Ce n'est que bien des années plus tard que j'ai appris que Stephen vivait dans cette ville...

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Un jour, Hubert Grooteclaes m'avait demandé quel chanteur français j'aimais à part Léo. Il avait failli avaler son traditionnel café quand je lui avais répondu: "Johnny". Deux ou trois ans plus tard, il donnait un concert dans une toute petite salle à Anvers (si mes souvenirs sont bons). Deux connaissances de Hubert y étaient allés. Pour foutre la merde (il n'y avait que trois cents places à vendre). On part, on revient dans deux heures, on y va pour se faire foutre dehors. Ils étaient revenus à deux heures du matin. Là, on a fermé nos gueules, on est restés jusqu'au bout, c'était extraordinaire.

Johnny, c'est un peu comme Stephen: ceux qui ne l'aiment pas n'ont même jamais entendu un de ses disques. C'est un con parce que c'est un con. Et vice versa. J'adore quand je parviens à convertir des gens au Johnnysme. Quant aux intellectuels fats (qui ignorent que même Raymond Queneau a écrit une chanson pour Johnny) qu'ils continuent de se branler en lisant Saint-John-Perse. Ça fait déjà longtemps qu'ils n'ont plus vingt ans. Et qu'ils ne trouveront plus jamais le soleil.

http://www.youtube.com/watch?v=PPxDavxPfys