Ce matin, je suis allé faire des courses dans ma grande surface. Au rayon boucherie, j'ai demandé à la butcher si elle avait du cheval. J'ai dû attendre quelque secondes de son regard vide et bovin, quelques secondes encore, le temps qu'elle essuie la goutte qui lui pendait du nez avec son avant-bras sur lequel, du coude au poignet, apparaît son prénom tatoué pour qu'elle me réponde non. Je poursuivis mon enquête au rayon conserves. Y'a-t-il du cheval dans votre cassoulet, etc ? Connaissant le personnel depuis un quart de siècle et eux me connaissant aussi, hélas, ça les faisait plutôt sourire. Même le directeur. À dire vrai, monsieur, je n'en sais rien.

Mais, tout d'un coup, depuis le "scandale" Findus, c'est comme si la viande de cheval était devenue plus dangereuse que le venin du serpent corail. J'ai appris entre-temps que ce que l'on vendait aux fabricants de lasagnes et autres s'appelait du "minerai" du viande. Fibres de muscles, tendons, etc. Selon, un de ces fournisseurs, "tout ce que l'on aurait pas osé vendre, il y a vingt ans, pour fabriquer la nourriture pour chats".

Ça m'a rappelé deux souvenirs. Le premier remonte au temps où j'étais encore en humanités. J'avais un ami assez farfelu, André, qui prétendait qu'il ne mangeait que du Kitekat. Selon lui, c'était aussi bon que la viande et beaucoup moins cher. Aussi bon, m'avait-il dit, que la merde qu'il y a dans les lasagnes. Il n'avait pas vraiment tort. Le deuxième remonte à quelques années plus tard lorsque je n'allais pas aux cours de l'université. C'était l'époque où l'on découvrait les "restaurants". Surtout les grecs et les turcs. Ils n'étaient pas chers. Il y avait alors une gargotte turque dont la spécialité était le poivron farci. On y faisait la file, il fallait même parfois réserver pour avoir une table. Une rumeur courait alors: les poivrons étaient farcis au kitekat. En me rendant aux toilettes, j'avais croisé le patron et lui avais discrètement demandé si la rumeur était vraie? Tu n'utilise pas de kitekat? Jure-le moi sur la tête de ta fille (qui travaillait également dans la cuisine et à qui nombre d'étudiants auraient bien farci le poivron). Bon, Joseph, m'avait-il dit, tu retournes à ta table avec tes copains, je t'apporte la réponse et tu la gardes pour toi, d'accord? D'accord.

Il revint quelques minutes plus tard avec une bouteille de raki. C'était un cadeau de la maison. Il déposa la bouteille en disant : "Un Turc, un vrai, ne jurera jamais sur la tête de sa fille".