Une chose encore que j'ai oublié de dire que j'aimais. Les orages. Et plus encore les orages tropicaux. Je ne sais pas pourquoi, ce phénomène a toujours éveillé chez moi mon cerveau reptilien. Je vous parle ici du temps des dinosaures. Aujourd'hui, je me demande même si un tsunami pourrait me faire lever le petit doigt. Quand j'étais enfant, à l'âge où je ne connais pas encore les malheurs de l'érection inutile, j'adorais regarder les orages s'abattre sur la campagne condruze. Ma mère avait beau me dire que j'allais me brûler les yeux en regardant les éclairs, je m'en fichais merveilleusement. Les orages m'ont appris la désobéissance. Plus tard, devenu, hélas grand, on aurait dit que l'orage exacerbait ma libido. Vous savez, ce truc inutile qui pousse votre fiche à se nicher dans une prise? Ça me rendait un peu plus moins performant que d'habitude. Mais que dire des orages tropicaux?

Au Mexique, il y avait, normalement, six mois de pluie et autant de soleil. Le rêve quoi. Vous vous imaginez? De novembre en mai, sans une goutte de pluie?? Passer les réveillons en t-shirt sur une terrasse? Le rêve. Sauf que, six mois sans (presque) une goutte de pluie, c'est long.

Fin avril, début mai, à l'heure de jacarandas, arrivaient enfin les premières pluies. Presque toujours au même moment, ça durait dix, quinze minnutes. Mais ça n'avait rien à voir avec les premiers orages. Qui, eux, surgissaient sans prévenir, avec une violence extrême. Merveilleux orages qui pouvaient durer des heures et des heures. Avec ses éclairs horizontaux (chose que je n'avais jamais vue) ses vents violents, ses arbres arrachés, ses fenêtres explosées. Ses enfants emportés dans les égoûts aussi, ces enfants que l'on retrouverait quinze jours plus tard, loin, très loin. Des adultes aussi. Les orages pouvaient faire une centaine de morts en une nuit. La presse en parlait à peine. Dix lignes, dix lignes en petits caractères.

Je ne sais pas, mais, à l'époque, les orages, pas les pluies, les orages, les vrais, même si le produit n'existait pas encore, faisaient l'effet à l'Inhumain que je suis, d'une perfusion de viagra. Les premières pluies étaient tièdes. J'aimais les recevoir dans le patio où j'étais nu. Et, comme le chien errant que je n'ai jamais cessé d'être, ce n'était pas plus mal si une chienne qui faisait semblant d'être devenue sédentaire, venait me rejoindre dans le patio, nulle, elle aussi. La bouche, le con ou le cul offert. Ça dépendait des orages. En fait, tous deux nus, et chiens bâtards, nous n'attendions, sans le savoir, que l'orage, la pluie tiède, efface nos salives, ses lucioles du ventre et mon foutre inutile.