Depuis quelques semaines, en Belgique du moins, on peut, avant qu'on ne doive, écrire une cheffe. Les chiennes de garde obtenant ainsi une nouvelle grande victoire que la presse belge n'a guère soulignée. Je me permets donc ici, de réparer cet oubli insultant et récurrent pour celles qui ne sont pas des hommes.

Par exemple, je lise l'éditorial du journal Le Soir de ce lundi, signé par Béatrice Delvaux, rédactrice en chef dudit journal. Je m'interroge et m'insurge quelque peu devant cette formule hautement discriminatoire envers Béa! Ne conviendrait-il pas d'écrire "rédactrice en cheffe" puisqu'il y a bien, désormais, des cheffes infirmières dans les hôpitaux ?

J'entends déjà Jean-Marie Klinkenberg m'explique que, dans le cas présent, "en chef" est une sorte de qualification aussi générale qu'adverbiale (ou quelque chose comme ça) qu'il ne convient donc pas d'accorder. Pourtant, Anne Sinclair est bien directrice éditoriale du Huffington Post. Oui, mais là, me dirait Jean-Marie, c'est un qualificatif. Donc... On risque de blabliblater encore longtemps. 

Il m'arrive, assez régulièrement, de contacter par mail une dame qui soigne mon diabète (de type 1, hein, pas celui des obèses). Ça me prend assez bien de temps car je butte chaque fois sur l'entrée. Dois-je dire "chère Docteur", "chère Docteure" ou docteuse, ou doctoresse??? Ou pourquoi pas Doctorette puisqu'on dit bien une majorette? Aucune de ces formules ne résonne juste à mes oreilles. Je pourrais, plus aisément lui dire "chère Marie". Ça sonnerait aussi faux. Surtout quand on s'appelle Joseph. Et puis, appeler un médecin par son prénom, ça fait en sorte que le médecin n'est plus médecin et cesse de vous soigner.

Bon, je dois la voir ce jeudi. Quand j'entrerai dans son cabinet, je lui dirai "bonjour, chère endocrinologue". Je verrai ce qu'elle en pensera.