T'avais tes yeux d'vingt ans quand ils ne voyaient pas et qui s'cachaient toujours derrière tes cheveux d'laine pour qu'on ne les voit pas. T'avais ton sourire gai qui taisaient les je t'aime que tu n'osais jamais. T'en valais pas la peine comme on n'vaut jamais rien, surtout à cet âge-là. T'avais ton cul brillant comme deux pleines lunes et tellement brillant qu'on ne voyait que ça, même caché derrière, derrière les brumes bleues de tes jeans trop serrés qui faisaient ressortir par devant ton tout premier quartier. T'avais des marées hautes qui suintaient dans la nuit, des marées tellement basses qu'on entendait bien rugir entre tes vagues doigts. T'avais des doigts pirates qui repoussaient les écumes tout en les appelant. En silence tu gueulais des non non comme des bénits oui oui, qui gueulaient tellement fort que tu te r'trouvais seule au milieu de tes nuits. T'en valais pas la peine, comme on n'vaut jamais rien, surtout à cet âge-là. T'avais tout l'arc-en-ciel sous tes dentelles noires et ta fente qui pleurait beaucoup plus que tes yeux. T'avais de longs doigts d'ange bien plus anges que Satan. J'avais mes doigts timides qui n'osaient pas tes anges dans tes cheveux d'agneau qui sentaient le bonbon bien plus que ton bonbon. Tu avais tes silences qui étouffaient les miens. J'en valais pas la peine comme on n'vaut jamais rien, surtout à cet âge-là.

T'as cinquante ans et puis quelques plumes en plus. J'en ai autant que toi et quelques plumes en moins. T'as des rides discrètes qui sont celles de l'âge comme le sont aussi toutes ces rousseurs pâles sur le dos de tes mains. Des sillons sinueux sur tes seins qui se cachent à moins qu'ils fassent semblant sous tes dentelles noires et puis tellement semblant qu'on ne voit plus que ça. T'as les seins mosaïques, comme un chagin d'enfant qui font qu'on a envie de pleurer dans leurs creux.

T'es là, trente ans plus tard avec, sous le velours, ton cultoujours brillant comme deux pleines lunes et puis tellement brillant qu'on ne voit plus que ça. T'as des yeux de vingt ans qui ne veulent pas voir, sous tes cheveux d'agneau qui cachent ton sourire gai et puis tous ces je t'aime qu'on n'osera jamais. T'en vasu toujours pas la peine, comme on n'vaut jamais rien, surtout à cet âge-là. Cet âge qui n'a plus d'âge et qui jamais, jamais, n'en aura jamais plus.

N'en aura

jamais

plus...