L'autre jour, je suis allé voir l'expo sur les années 60 à la gare Calatrava avec ma fille. J'y allais surtout pour lui montrer mon enfance, parce que, les années 60, Elise, ça représentait rien et qu'elle sait maintenant qu'il n'y avait plus de dinosaures. Pourtant, elle était comme au paradis. Elle trouvait ça merveilleux. Mais ce qui l'avait le plus fascinée, c'était la salle consacrée aux jouets de l'époque! Dis, papa, tu as eu ces jouets-là? Quelle chance tu as eue. Pourtant, c'étaient des jouets forts simples. Les boîtes de jeux Jumbo, jeu de dame et de l'oie, petite course de chevaux qu'on transformait en Tour de France, trois secondes par case et puis, après, on faisait le classement général. Le view-master où l'on découvrait l'Amérique, le Pôle Nord et le Sahara. L'Electro où on devait répondre à 24 questions et, quand c'était juste, une lumière s'allumait et une sonnerie sonnait. Je gagnais toujours parce que j'avais très vite compris qu'il suffisait de mettre les fiches toujours au même endroit. Qué bièsse jeu. 

On collectionnait aussi les points Artis pour obtenir des reproductions de peinture ou les images du chocolat Jacques. Une petite avec chaque bâton, une grande avec une tablette. On échangeait les doubles dans la cour de récré. J'ai retrouvé il y a quelques années l'album sur l'histoire de l'aviation et de la Sabena. Sur la couverture, avec mon écriture malhabile, j'avais écrit "Prenez soin de ce livre"... Les livres étaient presque sacrés à la maison. Même pour mon père qui était à peine alphabète. Il avait lu tout Eugène Sue, Zola et Fenimore Cooper. Ce dernier nom m'interpellait tellement qu'il me semblait une phrase magique. Je n'ai toujours pas lu le Dernier des Mohicans.

Il n'y avait pas toujours de nouveaux jouets. Alors, on les inventait. Une branche d'arbre devenait arc. Pouce et index, pistolet. Deux boîtes de conserve vides reliées par un fil faisait un téléphone permettant aux astronautes de comuniquer avec la terre. 

On dit bien souvent que les enfants d'aujourd'hui qui croûlent sous les jouets électroniques ont perdu cette imagination du temps des dinosaures. Ce n'est pas vrai. L'autre jour, je faisais un petit (très petit) tri dans les jouets d'Elise. Je trouve la tête d'une barbie décapitée, je lui don, bon, ça, on le balance. Mais, papa, t'es fou, ça peut toujours servir. Oui, je me demande bien à quoi? Alors, elle plonge dans un sac de vieux tissus, trouve un morceau de tulle, enrobe la tête de la poupée et me dit "hou, hou, regarde, papa, maintenant, c'est un fantôme".

Mille djûs, Elise, t'auras toujours le dernier mot... Et puis, plus tard, sans doute qu'un enfant lui demanderaa "dis, maman, quand t'étais p'tite, il y avait ddes dinosaures"???