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Elle n'a pas beaucoup changé depuis les années soixante. La partie gauche, c'était la classe de primaire, de la deuxième à la sixième. Tous ensemble, nous étions 24. À droite, celle des maternelles devenue aujourd'hui bibliothèque et salle des ordinateurs. Au centre, c'était le bâtiment où vivait l'institutrice. Elle s'appelait Mademoiselle Darimont, mais nous l'appelions Mademoiselle. Et personne n'aurait jamais osé l'appeler Yolande. Ni la tutoyer. Elle avait alors la quarantaine. C'était une institutrice à l'ancienne. Du genre sévère, on ne discute pas. Elle pouvait avoir la main légère sans pour autant être un bourreau d'enfant. Aucun parent n'est jamais venu se plaindre parce qu'elle avait donné une fessée à un élève un peu trop remuant. Que du contraire, le gosse en recevait une deuxième en rentrant chez lui.

Dans la classe, il y avait un grand tableau vert. Avec son "frotteur", son seau d'eau où trempait une éponge. Il y avait aussi des lattes,un compas et un rapporteur géants. Dans notre dos, un portrait du Roi Baudoin et un autre de la Reine Fabiola qui semblaient nous surveiller. Au centre, un immense foyer en fonte qui devenait tout rouge en hiver et sur lequel les garnements aimaient cracher et entendre grésiller leur salive. Ça faisait partir des plaisirs simples de la campagne, avec celui d'aller pisser dans le bénitier de l'église. En septembre, les deux marroniers de la cour de récré commençaient à perdre leurs fruits. Les plus jeunes allaient les ramasser, ils prenaient du gros fil et une grosse aiguille et devaient faire des colliers de dix marrons. C'est ainsi qu'ils apprenaient à compter. 

Tous les jours, du lundi au samedi, commençaient par une prière et une heure de religion pour tous. Ce qui était normalement interdit puisque c'était une école communale. Il n'y avait pas de cours de morale. Mais tout le village s'en foutait. Croyants ou non.

On parle aujourd'hui beaucoup de l'école de la réussite. Il arrivait, bien sûr, que des élèves doublent. Mais, à la fin des primaires, Mademoiselle avait un taux de réussite proche des 100 %. Il y avait toujours d'indécrottables idiots (la consanguinité aidant sans doute), mais, en sortant, tous les élèves savaient lire, écrire et compter. Ce qui, selon certains amis enseignant dans le secondaire, n'est plus guère le cas aujourd'hui.

Sur ma page facebook, j'ai écrit que j'avais fait mes études à l'école communale de Maffe. Un peu par provocation sans doute, mais, c'est vrai, j'ai fait d'excellentes études primaires. Ce sont les plus importantes. C'est pour cela que je dis toujours que les instits devraient recevoir une formation de très haut niveau. Alors qu'en Belgique, on les considère souvent comme le fond du panier intellectuel. Combien de fois ne me suis-je pas énervé en entendant dire "oui, mais moi, je ne suis qu'une petite institutrice"? Mais, mille djûs, tu fais le métier le plus important, le plus dur pour les enfants. 

En hiver, quand il n'avait pas encore neigé mais que les arbres étaient nus, nous allions dans le bois. Les enfants attachaient à une branche un fil de laine avec un bout de papier sur lequel était inscrit leur nom. On y retournait au printemps pour voir ce qui avait changé. On sortait souvent dans le village. Avec la chaîne d'arpenteur pour mesurer les routes, avec un seau pour récolter des oeufs de grenouilles que l'on regarderait grandir dans l'aquarium. Il y avait aussi des salamandres et des tritons. Le vendredi après-midi, c'était coupe/couture pour les filles et bricolage pour les garçons, mais, parfois, Mademoiselle inversait les rôles. Ce qui provoquait toujours quelques grognements. Mais, oui, j'ai toute de même terminé mon écharpe un point à l'endroit et l'autre à l'envers. 

Il n'y avait pas de "classes vertes", ce qui eut été un comble à la campagne. Mais, chaque année, en mai, il y avait l'excursion. L'événement! C'est ainsi que j'ai découvert les ruines de Vianden, Ostende ou la cascade de Coo. On partait à l'aube claire avec toutes les mamans en demi-larmes qui faisaient de grands signes quand l'autocar partait. Il n'y avait jamais de papas. Le soir, pour le retour, les mamans étaient là qui attendaient depuis au moins une heure sans doute. Bien entendu, il n'y avait pas de gsm. Et toutes les familles n'avaient pas le téléphone. Un lourd appareil en bakélite. On devait tourner une manivelle, une dame répondait et demandait quel numéro on voulait... 

C'était du temps des dinosaures...