Si l'on prend le bus pour se rendre à la maison où vivait Jacques Izoard, on passe inévitablement devant "sa" fontaine. Un des rares hommages que la ville de Liège lui a rendu de son vivant. Peu de temps après l'inauguration de ce monument minime, la fontaine a été fermée. Liège trouvant que la facture d'eau était trop élevée...

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Si je suis passé là devant hier soir, c'est parce que l'on inaugurait la "maison Jacques Izoard". Une maison mythique, sise à quelques minutes à peine du centre-ville. Je l'ai toujours connu habitant dans cette maison. Je l'ai toujours connu au milieu du jardin. La maison, c'était Jacques. Le jardin, Izoard.. 

L'an dernier, à Paris, lors d'une discussion informelle, Salah Stétié avait suggéré entre deux gorgées de vin, qu'il serait bien que la ville de Liège lui donne son nom à un sentier, à une venelle, des endroits minimes qu'il affectionnait. Je ne sais pas qui a eu l'idée de la maison, mais je trouve que cette idée est encore meilleure. On entre là dans le minime du minime. Dans l'intimité discrète même du poète. 

Cette maison a une histoire. Jacques l'a achetée en rente viagère avec sa fidèle secrétaire (et souffre-douleur) voici, il me semble, au moins trente ans. Le proprio est mort à 98 ans et sa veuve va fêter son siècle... Comme me disait un ami le jour de ses funérailles : pendant que Jacques écrivait ses poèmes, les proprios comptaient les billets...

De mon côté, cette maison, ce jardin étaient tellement liés au poète, que je trouvais que l'on aurait pu l'inhumer là.  C'est, malheureusement, interdit par la Loi.

Hier soir, c'était donc l'inauguration de "la maison".

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Dans le jardin, au rez-de-chaussée, dans son bureau, sa bibliothèque...

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Lectures de textes, souvenirs, anecdotes. Il y avait beaucoup de monde. Il y avait même des musiciens. Chose étrange car la musique n'intéressait pas du tout Jacques.

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(de gauche à droite, Jean-Claude Legros, ?, JM Sarlet, ?

J'ai retrouvé des gens que je n'avais plus vus depuis vingt ans. Avec plaisir parfois. Souvent, non pas avec déplaisir, j'ai dû répondre "et toi, depuis le temps" aux personnes qui venaient me demander "Joseph! Comment vas-tu"? C'est toujours délicat de dire à une personne qu'on ne la reconnaît pas...

Comme souvent lors de ces vernissages où je ne vais plus, j'ai dit à Eugène Savitzkaya "`curieux, à part toi et moi, il n'y a pas une seule belle femme. Je dois bien cultiver ma misogynie.

Bon, je fais une exception pour Louise. Qui a tout juste 21 ans et qui, par sa manière de poser, de parler, de sourire, est tout le portrait de son papa. Nous l'avons d'ailleurs grondée. Comment ? Elle était à son quatrième verre de vin rouge ! Incroyable ! Jamais à son âge nous ne nous serions permis de boire autant. Les examens ne sont pas une excuse, nous étions toujours sobre ! Elle souriait...

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Louise

J'ai longtemps parlé avec son papa. Vers 21 heures, ma longue convalescence aidant, j'ai pris discrètement congé de l'assistance. 

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Eugène Savitzkaya, le papa de Louise

La maison, le jardin ne doivent pas tomber en ruines. Les porteurs du projet ont raison de tenter de sauvegarder ce lieu. Cela n'est pas gratuit, bien sûr. Il faut de l'argent. Beaucoup d'argent. Et nous sommes à Liège, hélas.

Je leur souhaite sincèrement bon courage...

Pour celles et ceux que cela intéressent:

http://www.facebook.com/FondationMaisonJacquesIzoard