On ouvre son petit répertroire téléphonique acheté voici plus de vingt ans au Moma de New-York. (On ne se prend pas pour de la merde). On ne sait pas pourquoi on le garde. La couverture est plus que sale. Des pages se sont détachées. On les remet vaille que vaille. On se di qu'il serait temps d'en acheter un autre, mais, à quoi bon ? Il faudrait recopier toutes les adresses. Tous les numéros. Une tâche qui me semble impossible. 

Comme on n'a rien à faire, on se met à lire tous les noms, numéros et adresses. On se rend compte qu'on avait pris la peine de tracer une croix près de ceux ou de celles qui ne sont plus ici. Parfois, on écrivait une date pour se souvenir quand ils étaient partis. Parfois, rarement je dois dire. On se dit que l'on s'en souviendra mais l'on s'étonne vite de savoir qu'il y a déjà dix ans qu'ils ont disparu. On pensait qu'il n'y en avait que trois ou quatre.

On compte les croix. À mesure que le temps passe, elles sont de plus en plus nombreuses. On n'ose plus compter de peur de voir qu'elles remplissent près de la moitié du répertoire. Et on se dit que ce n'est pas fini. Qu'il y aura bien un ou une qui sera le dernier ou la dernière, mais on ne le saura pas. Et qu'il sera terrible le moment ou l'une ou l'autre pourra écrire (mais à qui ?) qu'il n'a plus d'ami ou d'amie. Plus personne avec qui parler, Pleurer ou rire.

Alors, on chante pour passer le temps...