Lorsque j'étais enfant, ma mère m'interdisait de lire les aventures de Tintin. Ce n'est que bien plus tard que j'ai compris pourquoi. Hergé avait eu quelques ennuis à la Libération. Or, ma mère avait été quelque peu résistante. Elle fournissait quelques petites armes à certains réseaux. Elle avait caché et hébergé un aviateur anglais descendu par la dca allemande. Enfin, je suppose, héberger, voyez ce que je veux dire. Il n'empêche que si la Gestapo l'avait trouvée, elle, ses parents et ses deux filles, ça ferait longtemps qu'on n'en parlerait plus et que je ne serais pas là à vous parler de tout ça. Donc, pour elle, tout qui avait été soupçonné de collaboration, à tort ou à raison et plus souvent à raison car il n'y avait jamais de fumée sans feu, c'était encore moins que de la merde. C'est pour cela qu'elle ne m'a jamais acheté un seul album de Tintin.

Par contre, je pouvais acheter Pilote toutes les semaines. J'aimais beaucoup ce journal. Mais son slogan m'intriguait et m''intriguera d'ailleurs fort fort longtemps. Ça voulait dire quoi "Mâtin, quel journal!". C'est ainsi que j'ai appris qu'un mâtin était une race de chien genre mastiff. Oui, bon, et alors? Je voyais toujours pas ce que ça voulait dire. On n'était plus vraiment à l'époque où, à Hollywood, on peignait le cul de la guenon de Tarzan. On mettait encore bien des diamants dans les nombrils des femmes dans les films. Il y avait peu d'héroïnes dans la BD. Blondie avait autant de nènès que Jane Birkin adolescente. De toute manière, la BD, à l'époque, c'était juste bon pour les enfants à la limite de la débilité mentale.

En France, une loi datant de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, interdisait l'emploi de "gros mots".

Demandez donc, aujourd'hui, à un môme de trois ans, quel mot "mâtin" pouvait bien remplacer. Eh bien, il vous répond avant que vous ne finissiez votre phrase. Là, ce soir, le franc vient de tomber :-)))