"Echec de la multiculturalité". Depuis quelques mois, c'est l'expression à la mode dans les médias. C'est vrai que, pour la Belgique, il y a 6.990.000.000 d'étrangers. Ça fait quand même beaucoup. En Chine, des étrangers, il y en a, grosso modo, 5.500.000.000. Ça fait beaucoup aussi. Mais quand même moins. Mais, restons dans ce qu'il reste de Belgique. Restons même à Lîdje.

En 1901 (ce n'est pas très très loin), la plupart des gens restait chez eux. Les étrangers, ils habitaient déjà la banlieue. La langue des Serésiens était un sabir barbare dont les Liégeois se moquaient allègrement. On donnait aux habitants des communes limitrophes des sobriquets qui tenaient plus de l'insulte et du mépris qu'autre chose. La plupart des jeunes hommes accomplissaient leur premier voyage hors des murs à l'occasion du service militaire et découvraient avec effroi d'étranges créatures (forcément inférieures) venues de Huy, Arlon, Namur, Mons ou Charleroi qui, elles, tentaient de s'exprimer dans des sabirs incompréhensibles. Ne parlons même pas des Flamands qui, pendant longtemps pour les Liégeois, "n'étaient pas des gens". Puis, suite à la première guerre, même si on n'employait pas encore le terme, s'installa peu à peu l'embryon de la mondialisation. Ce furent, comme on disait alors, les "macaronis" et les "polaks" qui débarquèrent. Inutile de leur mettre une majuscule, ils venaient tout juste faire les basses besognes. Pas question pour nos "braves Belges, nombrils du monde" de manger des spaghettis car ils ne savaient pas dans quels champs poussaient ces étranges aliments. J'ignore si, en Chine, on se demandait sur quel arbre poussaient les pains. Les "polaks" buvaient comme des trous et les "macaronis" venaient s'enrichir sur le compte des mutuelles... Puis vinrent les "turcos", les "arabes", les "nègres", les "roms"... Halte-là ! Nous, Belgique souveraine et fière, ne sommes quand même pas le grenier de tous ces profiteurs... De tous ces gens qui "ne sont quand même pas comme Nous"... 

Depuis que l'expression "échec de la multiculturalité" est née, c'est ce genre de discours que j'entends de plus en plus, que je lis dans les différents forums omniprésents sur internet. Hier encore, je lisais un fier anonyme bruxellois proclamer que SA ville sentait trop le thé à la menthe pour qu'il s'y sente encore à l'aise. D'ailleurs, il l'avait rebaptisée "Macaqueville" (sic)!!!

Depuis qu'il est descendu de son arbre, l'homme a toujours eu peur de l'inconnu. Les premières rencontres entre préhistoriques nomades et les premiers sédentaires ont dû être prétextes à massacres. Jusqu'à ce que l'on se rende compte qu'ils avaient des choses à échanger. Même les Gaulois ont appris des choses à César. L'évolution de l'Humanité s'est toujours faite sur le multiculturalisme et voilà qu'en 2011, on vient nous répéter sans cesse que c'est une échec!!!

La nouvelle expression n'en est pas vraiment une. Il serait plus juste de dire que c'est une litote signifiant "le retour au bon vieux racisme à la papa". Merveilleuse époque où l'on pouvait insulter n'importe quel "étranger" sans risquer de passer devant un tribunal.

Certains me rétorqueront que si on observe une communauté de chimpanzés, au moins est-on certain de ne pas y croiser des babouins. Chacun restant sur ses terres. Certes, certes... Mais j'attends toujours de lire la première ode d'un chimpanzé ou d'écouter un concerto de babouins. Enfin, n'en déplaise à ces nobles animaux, je les lis ou les entends dans certains propos de sapiens.

Le racisme est un réflexe de primates. Et encore, je m'en veux quelque peu d'insulter nos cousins.