Un ami m'a apporté, voici quelques jours, quelques anciens numéros du "Monde Magazine". En couverture du n° 86, on célèbre le 10 mai 1981. Une photo en noir et blanc, une foule, les mains levées et, au milieu de celles-ci, une jeune femme anonyme brandissant une rose. Trois semaines plus tard, la dame écrit. Elle s'est reconnue sur la photo. Elle raconte brièvement le souvenir de cette nuit. 

Elle s'appelle Annie Raucoules et habite à Paris. En tant que dinosaure du même âge qu'elle, je tiens à lui tirer un grand coup de chapeau. Pour ne pas faire partie de ce troupeau qui, à sa place, aurait réclamé un million d'euros (au moins) au journal Le Monde pour avoir publié une photo sans autorisation. Non, elle, en une petite dizaine de lignes, elle a raconté ce qu'elle avait vécu. Et, pour moi, cela a bien plus de valeur que n'importe quel trésor à réclamer.

Le 10 mai 1981, j'étais à Herstal. Il pleuvait. J'étais allé voir l'ambiance dans quelques cafés même si nous n'étions pas concernés. Il y avait aussi comme un petit air de fête dans certains cafés liégeois. Une centaine de jours plus tard, c'est à ce moment-là que l'on a commencé à comprendre tout doucement que ce qui dirigeait un pays, ce n'était plus un Président. C'était d'abord l'Economie, ensuite l'Economie et, pour finir, l'Economie... Et ce n'était qu'un début...