... de ne pas aimer les femmes. Ce n'est pas un crime quand même. Ni un délit. Par exemple, je n'aime pas les brocolis. Va-t-on m'attaquer en justice pour brocolicisme? Je ne le pense pas encore que, aujourd'hui, il ne faut plus s'étonner de rien. 

Notez que ma misogynie est assez récente, moins de neuf, ans et encore fort timide. Mon but, c'est de faire crever Jouhandeau de jalousie dans sa tombe. Et, croyez-moi, il va s'y retourner fort souvent... 

Une chose m'étonne quand même, c'est que cette misogynie s'est révélée de manière fort tardive. Avec une mère comme la mienne, j'aurais dû l'être dès l'utérus. Qu'a-t-il donc pris au spermatozoïde de mon père d'aller se ficher dans le seul endroit où ce n'était pas nécessaire? Je me le demande encore 54 ans plus tard.

Mais bon, le mal était fait. Les mâles sont ainsi faits qui préfèrent causer avec le serpent plutôt que de voir les pommes. Et c'est pourquoi nous vivons et c'est aussi pourquoi, nous mourrons. La vie étant la seule maladie sexuellement transmissible à coup sûr mortelle. Je n'ai, moi non plus, pas échappé aux sifflements des vipères. Oui, j'ai honte à l'avouer aujourd'hui, il m'est arrivé aussi d'être amoureux. Disons cinq fois en tenant compte des trois "conquêtes officielles" car, Diable, merci, je ne me suis jamais marié. Voilà donc qui me classe loin derrière dans le peloton des Casanova. J'ai toujours été hors délais dans les courses à l'amour. 

Quand arriva l'horrible âge de l'adolescence (le pire de l'existence) celui ou burnes tout autant qu'ovaires semblent répondre à d'incontrôlables tsunamis, ce fut l'effroi! Ma timidité était pétrifiante. Quand un serpent me faisait du sifflement, j'avais plutôt tendance à regardez derrière moi et à demander: "heu, c'est à moi que vous parlez"? Il faut dire que si ma mère me surprenait à parler avec une lycéenne dans la rue (chose plus que rarissime), j'avais toujours droit à la même question en rentrant le soir : "c'était qui la putain avec qui vous parliez tout à l'heure"? J'étais à l'âge où la Mère prend encore la majuscule qu'elle vous persuade de mériter: pure, droite, vierge et sans défaut. Belle, je ne dirai pas car c'était à cause de moi que ma mère était devenue une laide grosse vache. À l'époque,j'ignorais encore que s'il y avait eu une Faculté de putasserie à l'Université, ma mère y aurait décroché sans problème le doctorat avec les félicitations du jury...

Devant ma récente attitude, plusieurs de mes amis ne cessent de me répéter que j'ai tort. Que je me fais du mal. Ce n'est pas parce que je suis tombé sur une épine que toutes les femmes sont des ronces. Certes, certes ont-ils raison. Mais revenons aux brocolis. La première fois que j'en ai mangé, j'ai été malade à vomir vert toute une nuit et encore le jour suivant. On ne parlait pas encore de l'E-coli, mais ça devait être une cousine. Vingt ans plus tard, il m'est impossible d'encore en voir ne serait-ce que dans un rayon sans avoir la nausée. Alors disons que, pour moi, depuis neuf ans, les femmes sont mes brocolis...

Et puis, je ne vois pas le tort que je me fais. Depuis neuf ans, je dors la fenêtre ouverte ou fermée comme ça me chante. Je ferme ou pas le tube de dentifrice. J'accompagne le chant des merles en pissant dans le jardin avant la pluie. J'assume ma digestion en pétant et rôtant à tue-cul et tue-tête. Je peux éventuellement crier dans mes rêves Marie je t'aime sans qu'une Madeleine ne vienne m'éveiller pour une Inquisition de nuit. Je ne dois plus répondre à la question "c'est tout ce que tu ramènes comme fric à la maison"? Car, le temps et l'expériences finissent par nous faire comprendre qu'en amour, l'ingrédient le plus important, ce n'est pas la tendresse, l'attention, les mots doux et gentils et toute cette verroterie de conte de fées. Non, la seule et unique levure, c'est l'argent. Vous avez beau vous appeler Verlaine, Rimbaud, Mozart, Van Gogh et tant d'autres encore, sans fric, vous êtes moins qu'une merde. Un porte-feuilles qui s'ouvre vaut plus que dix mille mots d'amour... 

C'est sans doute pour cela que l'on a créé l'inique loi de la pension alimentaire aux femmes divorcées, pour que, quand même, les pauvres, elles ne se trouvent pas larguées sur les flots de leur vie à refaire. Même si elles la refont le jour suivant.

Que c'est beau, c'est beau, la vie...