C'était par une abominable matinée de début d'automne, l'an dernier. J'étais allé dire au revoir à Elise qui partait, pour une semaine, en classe verte. Une aimable jeune femme vint me trouver en me demandant si j'étais bien Joseph Orban (ce dont je doute encore parfois). Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, je m'appelle Laura, me dit-elle. Je suis la fille de et de.

Je m'en souvenais. Mais, la dernière fois que je l'avais vue, elle avait trois ou quatre ans, était sur mes genoux à me réclamer des histoires à rire de peur. Vous savez, de ces histoires que l'on invente et que l'on brode en improvisant aux enfants. De ces histoires dont les enfants se souviennent plusieurs moi plus tarde jusqu'aux moindres détails que vous avez oubliés.

Bien sûr, quand elle m'a dit qui elle était, j'ai reconnu le visage de son père (pas besoin de test ADN) et les poses de sa mère. C'était à présent une jeune dame dans la trentaine, maman de trois enfants dont un qui se retrouve dans la classe d'Elise (et, chut, dont Elise est "amoureuse"). Jamais je n'aurais imaginé la retrouver plus tard comme future institutrice de ma fille.

Mais il est vrai que je n'ai aucune imagination.