Bien sûr, vous me direz que c'est un truisme lorsque, comme je le prétends depuis longtemps qu'il est impossible d'être un écrivain si l'on ne sait pas lire, si l'on n'est pas d'abord un immense lecteur.

Pourtant, il y a de plus en plus de personnes qui se proclament écrivains simplement parce qu'ils ont mis quelques mots l'un derrière l'autre.

Hier, je suis retombé sur un ouvrage "à deux voix", paru en 2003 aux éditions de la Différence et écrit par feu mon ami Izoard et le polyartiste Selçuk Mutlu.

Je me souviens qu'après l'avoir reçu, j'eus la paresse d'en abandonner la lecture après quatre pages, me querellant un peu avec Jacques quelques semaines plus tard en lui demandant "c'est quoi, ça"? Des ensablements, comme Jacques écrivait entre guillemets dans sa dédicace ? Comme pour s'excuser d'avance ?

Hier donc, à l'occasion de la visite d'un ami qui n'a strictement rien à voir avec peu sphérique sphère littéraire, je suis allé un peu plus loin que la page quatre. Nous allâmes même jusqu'à la 41, c'est dire presqu'à la fin. Là où Izoard répond à cinq courtes lignes par ceci :

Il est temps d'ourdir le complot final ! Violence te perdra, paltoquet prétentieux ! Le voleur de poèmes a bien mené sa barque ; il est temps qu'on lui coupe les vivres ! Mais il va se débattre et user de toutes les ruses possibles et se parer de plumes de paon ! Son vrai visage apparaît.

Et toc, dans les gencives, comme on dit. Et même plus loin encore. Face à une telle réponse, n'importe qui aurait tourné le dos. Mais le polyartiste poursuivit l'ouvrage. Preuve qu'il ne sait pas lire. Et donc, retour au truisme...