Corroy (le Château) est un petit village de la banlieue de Gembloux qui est dans la banlieue de Namur et donc, forcément, dans celle de Luik aussi.

Si Corroy s'appelle Corroy-le-Château, c'est, vous vous en doutez, parce qu'il y a un château.

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La demeuren'est pas à proprement à déféquer dessus. Pour autant, bien entendu, qu'on aime les châteaux. Elle vient d'être mise aux enchères. L'Association Royales des demeures et jardins historiques de Belgique a déposé 3.250.000 euros pour l'acquérir. Las. Trois fois las et même autant de fois hélas. Wim Delvoye a mis 50.000 euros de plus. Le voici donc aujourd'hui propriétaire.

Wim Delvoye est une artiste belge et révolutionnaire. Pas n'importe lequel. Illustre descendant de Brueghel, il aime confronter l'humanité dans ce qu'elle a de plus vil et de plus glorieux. Le tout, bien entendu, soutenu par un discours philosophique destiné aux inquiets soucieux de rater le bon wagon de l'avant-garde la plus avant-gardiste. Pensez donc, même Michel Onfray s'est fendu d'un discours pour encenser l'oxymoresque démarche du génial plasticien.

Bon, si Michel Onfray le dit, on va quand même pas passer pour le dernier des crétins en disant qu'on n'aime pas trop.

Wim Delvoye fait donc réaliser de luxueux pavés de céramique ornés d'impressions de tranches de jambon ou d'étrons. D'irreligieux vitraux représentant des intestins ou des scènes fellatrices ou sodomites au rayons X (remarquez la subtilité de la redondance, des Rayons-X X). Non, non, je ne vous prends pas pour des imbéciles, j'avoue n'avoir pas compris à la première lecture. Wim Delvoye tatoue aussi des cochons vivants qu'il élève en Chine. Il tatoue aussi un de ses amis, mais c'est plus cher. Il a aussi fait construire une machine à faire du caca. C'est assez intéressant à voir car l'ooeuvre n'est pas gratuite, contrairement à ce que l'on pourrait croire (je ne parle pas de son prix, mais de sa conception). On injecte bien diverses choses dans la gueule de la machine. La machine se met en marche et puis, au bout du compte, on a du caca sur le parquet de la galerie devant une foule d'emplumés qui tremblent du croupion.

Il est évident qu'après tant de recherches et autant de trouvailles, Wim se sente quelque peu fatigué. Il se contente alors de signer des dessins d'enfant que l'on expose avec tambours et trompettes devant une foule d'emplumés tout aussi tremblants du croupion et fiers d'avoir vu le rapport évident avec le stade anal de l'enfance sans que celui-ci soit mentionné. Ce qui représente tout de même l'ananas sur le baba au rhum. Dans l'oxymoron, tout doit être dans la suggestion et clin d'oeil aux nobles initiés.

Que se taisent donc les aigris qui prétendent que l'art ne nourrit pas son homme (même si la nourriture doit finir comme elle doit finir) puisque voici un artiste dont le seul travail a permis qu'il s'achète un château.

On dit souvent que marcher dedans porte chance. L'empoigner à pleines mains plus encore.

Notons que... Trois millions et quelque d'euros, avec ça, tu peux juste t'acheter un sixième d'esclave jouant au football.

L'art a encore beaucoup de chemin à faire.