Suzanne Bernard est écrivain. Pardon, était. Suzanne Bernard est morte l'an dernier. Elle "vivait" avec six euros par jours. Dommage que je ne l'ai pas connue, avec mes huit euros quotidens, ça aurait fait sept pour nous deux.

Il paraît qu'il y a deux millions de poreurs de plumes en France. Dont trois mille gagnent plus de 7400 euros par an et deux centaines de crésus qui arrivent au smic.

Les exemples de misère profonde rempliraient plusieurs volumes.

Mais, que font les éditeurs ? Les éditeurs doivent payer le papier, l'imprimeur, le distributeur, les libraires. Après ça, il ne reste plus rien pour l'auteur. Ou, au mieux, par un extraordianaire miracle sans cesse recommencé, le nombre d'exemplaires vendus est, pile-poil le même que celui correspondant à l'aumone de l'avance.

Il est une vérité bien ancrée dans le milieu de l'édition : si l'éditeur X publie un vague écrivain à succès, c'est, diront les éditeurs, pour pouvoir se permettre de publier de temps à autre (de moins en moins souvent) un auteur inconnu. Et voil l'éditeur se drapant sous la cape du mécène découvreur.

Et si, plus exactement, cet éditeur parvient à payer le contrat plantureux d'un best-selleureur, ne serait-ce pas plutôt grâce à l'argent économisé sur le dos décharné des auteurs inconnus ?